À l’aube du XXe siècle, l’inspecteur de police Isidore Challe débarque à Saigon, ville multiculturelle, porte de la Cochinchine. Accueilli par le vice-résident Pasquier, il va devoir faire régner l’ordre dans la Cité tout en se frottant au capitaine Imbert : les civils doivent prendre le pouvoir aux militaires qui l’ont acquis de haute lutte. Mais à peine arrivé, que des armes et de la poudre sont dérobés de nuit dans la poudrière de la caserne. Par la suite, Beaujeu, un notable de la Colonie, est assassiné, transpercé chez lui par une épée (qui a disparu). Difficile de faire le lien entre les deux affaires, mais l’ordre des Orchidées Noires semble être à la manœuvre. Challe ne peut compter sur personne hormis l’agent Quang, le seul qui l’épaule dans cette affaire. On attend d’eux des résultats, mais pour Challe un danger imminent se précise. Ses pas le conduisent tout droit dans le quartier de Cholon, le quartier chinois, à la poursuite de Maître Yi, qui tire les ficelles de nombreux commerces et trafics. Mais tout n’est pas simple à Saigon. Tout n’est pas simple non plus dans la tête de Challe, qui a débarqué en Cochinchine avec ses propres traumatismes pour mieux les retrouver. Et puis il y a la mystérieuse Lan, qui réveille des sentiments en lui, mais dont il ne sait que peu de choses. Quand Quang découvre autour de la ville dans des rizières des caches avec de la poudre, la situation de tendue devient explosive.
Le premier roman de Niels Labuzan a bien des similitudes avec L’Attaque du Calcutta-Darjeling, d’Abir Mukherjee, publié lui aussi chez Liana Levi. Si l’action se déroule ici vingt ans avant, le protagoniste esseulé dans une ville coloniale sous tension (les nationalistes se réveillent) doit également déjouer un attentat et se confronter à l’armée tout en faisant face à ses propres démons. Surtout, sa relation naissante avec l’énigmatique Lan et le fait qu’il ne puisse compter que sur l’aide de Quang en fait presque une décalque du capitaine Wyndham. On peut cependant souhaiter à Niels Labuzan que la série initiée suive le même chemin que celle d’Abir Mukherjee. L’auteur français sait raconter une histoire dans un univers exotique. Surtout, il amène un brin de complot domestique métropolitain et, à la différence de son illustre prédécesseur, il renoue avec le mythe de la littérature populaire de l’époque : Isidore Challe doit faire face à un ennemi qu’il ne comprend pas et auquel il est amené à se confronter sur la durée. Tout ça augure une série qui n’aurait pas démérité en « Grands détectives » chez 10-18. Saigon est un roman policier historique de qualité qui nous plonge dans une ville et une époque que l’on a hâte de retrouver.