Benjamin Fogel, connu pour une trilogie de très bonne tenue chez Rivages consacrée à la transparence comme système politique, a eu un grand-père. Ce grand-père a été au cœur d’une histoire incroyable, véridique, que l’auteur narre dans un récit. En 1943, Paul Fogel et sa famille sont embarqués avec d’autres juifs par la police française. Ils passent d’un camp de détention à un autre, avant, par une sorte de bizarrerie administrative, d’être envoyés en déportation (ce sera le convoi 53 du titre). Mais un petit groupe a décidé qu’il ne se laisserait pas conduire comme des moutons à l’abattoir et donc décide de s’évader. Et ces personnes disposent de petits outils qui devraient leur permettre de créer un trou dans le wagon qui les emmène vers l’Est. Il suffira de sauter du train et de regagner la France. Si, en plus, ils arrivent à s’évader alors qu’ils se trouvent encore sur le territoire français, ce sera encore plus simple. Mais, bien entendu, il y aura des imprévus durant le parcours, des aides et des ennuis sur la route.
Le récit se comporte de deux parties assez distinctes : au début, nous assistons à la vie parisienne de la famille Fogel, dans un mélange d’angoisse (on se doute bien que la déportation n’est pas juste un déplacement vers des colonies de travail à l’est) et d’insouciance (pour l’instant, on est en France, on a combattu pendant la Première Guerre mondiale, on est de « bons Français », donc il pourrait ne rien arriver). Mais évidemment tout bascule rapidement et l’auteur évoque ce moment d’entre-deux où l’on ne sait plus bien ce qui pourrait se passer (la famille est emmenée vers l’arrière dans un centre de détention qui devrait leur éviter de partir à l’est avant qu’il y ait contrordre, sans que tout ne soit clair, ne soit logique pour des êtres humains baladés d’un coin à l’autre dans une période où il est difficile de concevoir l’horreur qui se rapproche). La partie qui concerne l’évasion de ces petits groupes qui tentent de survivre dans un environnement hostile est menée, décrite avec soin, sautant d’un individu à l’autre, avec des moments d’espoir et d’autres de peur, rendus avec intelligence, sans pathos mais de manière très forte. On songe vraiment aux scènes vues dans L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville). De même, toute la description du parcours du convoi, des gens enfermés dans des wagons à bestiaux est bien montrée, en quelques mots, dans sa dureté. Un récit classique qui est une piqûre de rappel, peut-être utile pour les nouvelles générations, rendu avec soin et qui offre un message d’honneur et d’espoir, et Dieu sait si nous en avons besoin en ce moment.