CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 22,95 €
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Édité chez
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ISBN : 978-2-505-12911-0
Nombre de pages : 94
Format : 29 X 23 CM
Année de parution : 2026
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7 / 10

Barrio Negro

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Les éditions Dargaud continuent d'adapter les "Romans durs" de Simenon avec tact et talent. José-Louis Bocquet s'attaque ici à un roman "exotique", quelque part à Panama, dans lequel on retrouve l'attrait de la mer, la faiblesse des hommes et les rêves (in)aboutis. Avec le trait très Loustal de Javi Rey dans certaines planches (les bateaux) sans pour autant tomber dans le mimétisme (les silhouettes).

Joseph et Germaine Dupuche forment un couple de jeunes mariés prêts à mordre la vie à pleines dents. Leur voyage de noces sera exotique : Joseph, ingénieur de formation, a signé un contrat pour diriger une mine en Équateur et le couple embarque à bord du Ville de Verdun pour une traversée de quinze jours. Malheureusement, à peine débarqués au Panama, le couple se retrouve sans le sou : les chèques au porteur ne sont pas encaissables. La compagnie minière a fait faillite ce qui n’est une surprise pour aucun des colons de la ville. Les frictions dans le couple s’installent pendant que Germaine emménage seule dans un hôtel corse où elle a trouvé un emploi. Pour des raisons de convenances, Joseph doit loger dans le quartier noir, le quartier nègre, le barrio negro. Une piaule sordide l’y attend. Mais il va croiser sa voisine, Véronique Cosmos, femme noire qui aimer « jouer à l’amour » et avec laquelle il va aimer se perdre au détriment de sa respectabilité. S’éloignant chaque jour un peu plus de sa femme, s’attirant les inimitiés des colons, Joseph finit par partir pour Colòn où après quelques métiers peu lucratifs et encore moins honnêtes, il obtient un poste de grutier pour décharger les navires de fret. Mais Joseph est malheureux, et il aime se noyer dans l’alcool : l’absinthe, d’abord, la chicha, ensuite. La suite de sa déchéance est programmée à l’instar de celle de nombreux colons qui ont échoué à Colòn et à qui il ne reste que de vieux rêves d’enfants.

La traversée de l’Océan reste le dernier moment de pur bonheur et d’insouciance pour le jeune couple Dupuche. Ultime havre de paix…

Adaptation de Quartier nègre de Simenon, la bande dessinée n’est pas une bande dessinée noire comme on l’entend d’habitude avec la plupart des romans de l’écrivain belge. Simenon décrit trois trajectoires en un milieu exotique avec son regard aiguisé. Fin analyste psychologique, il est aussi un observateur de terrain. Ces deux matériaux sont très bien repris par José-Louis Bocquet (scénario) et Javi Rey (dessin). Dès la fin de la traversée, on a un échange prophétique entre deux couples. La femme parle à la femme, l’homme à l’homme, et les conseils que les uns donnent aux autres ne vont pas dans la même direction. Malheureusement pour les Dupuche, Joseph suivra (in)volontairement les conseils de son aîné. Il y a un héritage certain avec Loustal quand Javi Rey s’attaque aux paysages, à la chaleur, à la mer et aux navire qu’elle accueille. Mais le dessinateur va plutôt puiser sa source vers Jacques Ferrandez quand il s’agit de dresser les silhouettes de ses personnages. Et il y met bien sûr sa propre touche. On sent une empathie certaine pour Véronique, avec sa tête joviale, bon enfant, cette femme qui aime son « Puche », qui aime le consoler, et qui feint de ne pas être jalouse de sa femme bien plus belle qu’elle. Elle ne le sait pas, mais elle est une part du rêve de Joseph, lui qui a épousé la fille d’un receveur des postes, mariage qui fait la fierté de sa mère, mais (encore inconsciemment) pas la sienne. On suit donc les trajectoires qui vont exploser de ces trois personnages en même temps que Simenon dresse le portrait d’une société (un ancien bagnard corse sera toujours plus fréquentable qu’une négresse des barrios). Une histoire peut-être pas triste, assurément mélancolique, qui s’attarde sur les rêves inaboutis, voire brisés. Une histoire à la Simenon et ici très joliment adaptée.

Mis à jour le 4 juin 2026
Sur les 10 gars que j’avais il y a un an, j’en ai perdu un, tué d’un coup de couteau dans une partie de dés, un autre est mort d’insolation, un troisième a eu la gangrène, un autre est en prison pour avoir assomé un contremaître… Il m’en reste 3 de cette époque… Ce n’est pas le boulot, c’est la vie qui est dangereuse.
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