L’ancien avocat, pas très efficace — selon son propre aveu — et cinéphile fan de vieux films, Charles Lurienne reçoit le verdict de son docteur : cancer du pancréas. Selon les estimations, plus que six mois à vivre. Comment les occuper du mieux qu’il peut ? C’est au hasard d’une fête foraine qu’il tombe en arrêt devant une vendeuse de barbe-à-papa qui de plus s’appelle Oona, comme la petite fille de Charlie Chaplin. Or son père était fan du génial acteur d’où il tire son prénom… Le vieil homme propose à Oona de l’accompagner dans son dernier voyage en échange de 500 000 euros, sans contreparties. De quoi prendre un nouveau départ pour elle et sa fille Camille. Or elle se fait désirer, pensant que la mariée est trop belle, avant de finir par accepter. Voilà Charles affublé d’une famille de substitution. Seulement il y a Michel, le mari brutal et criminel d’Oona qui tire encore des ficelles du fond de sa prison. Charles a mis en branle un engrenage qui risque de les dépasser…
Deuxième roman de l’auteur, celui-ci se pose comme un mélodrame (sans nuance péjorative) criminel au point de départ assez classique que n’aurait point désavoué Pedro Almodóvar. Oui, mais il y a encore ce qu’on en fait… Et dès le départ, Franck Hermet dévoile son atout majeur : les personnages. Certes, on en met toujours pour nous vendre du papier, mais là, ils sont vivants, crédibles, au point que l’on se prend au jeu, désireux de savoir où les mènera leur voyage du zéro à l’infini. Et si la conclusion est prévisible, l’auteur a au moins l’élégance d’aller jusqu’au bout de son propos sans ces rebondissements tirés d’un chapeau melon qui encombrent le genre. Le tout avec une écriture simple mais qui se permet des petits bonheurs d’écriture comme ça, en passant. Pas de pathos autour de la maladie comme dans le sous-Love Story moyen, au contraire, des notations plutôt justes sur cette inévitable échéance. Il faudra passer sur l’éternel défaut des auto-édités qu’est une mise en page un brin austère mais lisible (et quelques fautes de frappe, mais pour une fois, pas plus que dans bien des ouvrages publiés chez les éditeurs établis). Inutile de dire que ce roman vaut bien des têtes de gondoles débilitantes. À vous de tenter le voyage…