CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 8,30 €
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Numéro collection : 6113
ISBN : 978-2-264-08564-1
Nombre de pages : 204
Format : 18 X 11 CM
Année de parution : 2024
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8 / 10

Fonds noirs

Xavier Boissel, à partir du "suicide" d'un expert-comptable, revient sur le virage des socialistes français en cette année 1986. Il fait intervenir un policier sans illusions et un tueur à gages chevronné. Surtout, il accompagne sa trame de tout un pan historique et culturel. Un très bon roman sur cette époque trouble.

Paris, 1986. Fabien Wouters, officier de police à quelques mois de la retraite, se trouve un peu mis en retrait par sa hiérarchie. Surtout, à quelques mois des élections législatives, un scandale commence à émerger mettant en cause le pouvoir socialiste en place, scandale portant sur la corruption potentielle du parti et de certains de ses membres qui auraient vendu des armes à des pays jugés peu fiables, empochant au passage des commissions pour financer leur future campagne électorale, et le train de vie de certains. C’est alors qu’une jeune femme, en hypokhâgne, vient voir Wouters : elle se pose des questions sur le suicide de son père, expert-comptable. Selon elle, ce dernier appréciait trop la vie pour se suicider. De plus, la maison de campagne de la famille aurait été cambriolée quelques jours après le suicide, comme si des gens avaient cherché à s’emparer de documents. Wouters, même s’il doute, essaie d’en savoir plus et découvre que le bureau où travaillait le mort avait également été victime d’un cambriolage. L’affaire apparaît de plus en plus louche surtout lorsqu’un ouvrier du bâtiment qui travaillait dans l’immeuble en face de celui du suicidé est lui aussi victime d’un accident du travail, suspect.

Le roman de Xavier Boissel s’appuie sur trois éléments qui se répondent avec grâce : d’une part l’enquête, classique et lente, car très vite le policier sent bien qu’il touche des choses sensibles et qui peuvent être dangereuses, d’une autre part sur le suivi de la jeune femme et de ses amis qui, en cette année 1986, commencent à s’indigner du virage politique des socialistes et tentent de différentes façons de l’infiltrer, surtout à un moment où la contestation est réprimée et où le président joue avec le feu et le Front national, tout en s’intéressant aussi à l’histoire musicale de l’époque (surtout autour du mouvement initié par Marquis de Sade). Enfin, des chapitres alternés racontent l’histoire de l’autre point de vue, celui du tueur engagé pour retrouver les documents comptables compromettants et faire taire les éventuels témoins. Ces trois éléments se répondent avec force car la musique sombre et désespérée de la période renvoie aux doute des militants sur les échecs de la gauche de gouvernement et sur la difficulté d’enquêter ou sur le parcours du tueur qui revient lui aussi sur toute une forme de défaite de la France et de sa grandeur, accentuée par l’arrivée dramatique et aussi symbolique du Sida. Cet arrière-plan historique (ce n’est pas pour rien que le roman a été sélectionné pour le Prix du roman noir historique) renvoie pour nos lecteurs les plus âgés à une période qu’ils ont vécu et pour les plus jeunes à une aventure devenue une page des manuels scolaires. Ce décor est évoqué avec vivacité et éclaire encore une enquête menée par un policier en bout de course, désillusionné, à l’image de la période qu’il traverse. Un très bon roman, prenant et reconstituant avec soin une atmosphère de fin de règne.

Mis à jour le 31 juillet 2026
Des hommes avec lesquels j’avais travaillé dans un temps qui me paraissait lointain et si proche à la fois. Des hommes qui comme moi avaient été les courroies de transmission de la grande machine dans une autre époque. De simples rouages d’un truc qui les dépassait le plus souvent, des rouages bien lubrifiés, mais usés avec l’âge.
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