De nos jours, à Marseille, les Trente Glorieuses ne fait pas forcément référence à une période historique, mais à un gigantesque immeuble, presque une ville, qui a été construit des années plus tôt. à Marseille. Outre des caves, on peut trouver sous le complexe un espace fermé à clé et oublié de tous : un système de chauffage conçu dans les années 1970, élaboré par l’entreprise Fondari, mais jamais mis en route. Des enfants ont réussi à récupérer une clé qui pourrait permettre d’y entrer et d’y jouer à cache-cache. Mais lors de leur exploration du lieu, ils découvrent surtout deux cadavres momifiés dans une boîte à l’intérieur du système de chauffage. Ancien architecte, Abdelkader est un Algérien qui vit dans ce grand immeuble. Il a vu les enfants quitter la cave effrayés et est allé voir. Puis, il a prévenu anonymement la police. Alerté également Inès, directrice adjointe de la régie du logement public de Marseille. Aline, une psychologue, est également contactée afin de s’occuper des enfants. Cette découverte lance des questions. La responsable apprend ainsi que le dossier de cet immeuble est géré directement par le chef de service, ce qui n’est normalement pas son travail. Mais comme il est en arrêt, elle choisit de s’en occuper, mais ne tarde pas à être rappelée à l’ordre. Inès décide d’en savoir plus, d’autant que la police ne parle que d’un cadavre découvert et qu’il y a des liens entre le chef et des responsables politiques locaux (dont Fondari, le fils du constructeur). De son côté, Abdelkader reçoit la visite de policiers qui semblent plus vouloir clore l’enquête que vraiment s’en occuper. Et quand il apprend qu’Aline, la psychologue, est également surveillée, ses soupçons augmentent. Est-ce que les racines de ce meurtre auraient un rapport avec le père Fondari, qui avait lui aussi des ambitions politiques dans les années 1970 ?
Les Trente Glorieuses est un roman policier classique qui joue sur une alternance entre deux périodes – celle du gaullisme-pompidolisme des années triomphantes, avec derrière la modernisation à marche forcée, les tentations de la corruption, et l’époque actuelle, celle de la possible réélection de Macron, où d’autres « magouilles » sont à l’œuvre aussi autour des projets immobiliers. Thomas Cantaloube installe son histoire autour de personnages « normaux » qui tentent de comprendre le pourquoi du comment. S’appuyant sur des scènes bien amenés, sur des flashbacks qui permettent de comprendre à la fois l’action actuelle et de pleinement reconstituer l’ambiance des années 1970, dans une ville particulière (Marseille à l’époque est sous la poigne de Gaston Defferre, avec une option plus à gauche que le gouvernement de l’époque), le roman se déroule de manière fluide et vivante, redonnant vie à une époque tout en s’ancrant bien aussi dans la réalité contemporaine, à travers des « héros » d’aujourd’hui, gens simples qui veulent juste rester honnêtes. Une intrigue parfaitement maîtrisée et qui montre que, s’inspirant des grands classiques du roman noir, Thomas Cantaloube sait les inscrire dans un monde moderne, avec un style efficace et lui aussi d’aujourd’hui, confirmant sa place importante dans le genre.