John « Big M » Martyrosian est un tueur à gages heureux : il a pu partir pour la Floride où il profite d’une retraite bien méritée en accompagnant les touristes qui viennent pêcher au large des côtes. Seulement, même s’il est affranchi, le passé finit toujours par resurgir. Son ancien boss, de la mafia russe, vient le chercher pour retrouver la jeune Aurora, qui a disparu à La Nouvelle-Orléans. Fille d’un couple fortuné afro-américain, elle était plutôt indépendante. Seulement, elle aurait croisé la route de mauvaises personnes. Et Martyrosian n’est pas seulement un tueur chevronné qui ne laisse que peu de place aux sentiments. C’est aussi un fin limier. Dire qu’il accepte sa mission relève de la tautologie (car il n’a pas pu dire non). En revanche, il va la mener avec abnégation et professionnalisme. Le voilà donc de retour dans une ville qui a évolué, en mal si on se fie aux milieux interlopes qu’il va fréquenter. Seuls les anciens le craignent encore. Mais la rumeur finit par enfler. Et Martyrosian de remonter la piste. Seulement, il va également croiser la route de l’agent du FBI Matthew Ferrara, qui a le même objectif que lui, et de Kendra Lewis, son équipière, un peu plus à cheval sur la morale. Ils ne le savent pas encore, mais ces trois-là vont découvrir l’horreur, et aucun n’en ressortira indemne.

La Nouvelle-Orléans, ses nuits et ses pluies… Entre mélancolie, nostalgie et réalisme cru.
Pour travailler avec Jérémie Guez comme scénariste, il ne faut pas être dépressif ou alors il faut être dépressif masochiste. L’auteur de Balancé dans les cordes nous propose une histoire noire à souhait sans la moindre guimauve. Si l’intrigue est très linéaire avec un trio d’enquêteurs qui suit une même piste pour retrouver une jeune femme disparue (avec des éléments sur elle qui tardent à remonter à la surface), l’articulation de l’histoire ne l’est pas : John Martyrosian est le personnage principal (d’ailleurs, il attire sympathie et empathie alors que c’est une ordure). Mais on le quitte souvent pour les deux autres, en duo ou en solitaire. Et surtout, le sort que leur réserve Jérémie Guez (sort peu enviable) fait que l’on ne sait plus trop (volontairement) qui est véritablement au centre. C’est très malin. Et puis il y a du rythme, de la tension, de l’effroi. Pour l’accompagner, le Hongrois Attila Futaki, découvert avec Movie Ghosts. Avec Stephen Desberg, le dessinateur faisait revivre les fantômes du cinéma hollywoodien. Ici, il joue du même traitement pour nous emmener dans les bas-fonds de la célèbre ville de Louisiane. Il alterne les pages sombres et lumineuses avec un procédé logique : la nuit les pages ont un pourtour noir et le jour… un blanc. Il y a du rythme. Du mouvement. Des écarts de conduite quand le scénario en fait (la vie personnelle de Martyrosian), et un final qui fait écho au début. Avec cette ambiance, et ce vieux tueur, pour un peu on se retrouverait dans les années 1970. Mais la pègre et le Mal ont progressé. Et cette bande dessinée est un hommage à ces films de genre de ces années-là transposées aujourd’hui dans une ville traumatisée par Katrina. Brillant.