CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 16,90 €
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Édité chez
Collection :
ISBN : 978-2-8189-8691-2
Nombre de pages : 68
Format : 32 X 25 CM
Année de parution : 2022
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8 / 10

Movie Ghosts. 1, Sunset, et au-delà

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Hommage au cinéma hollywoodien des débuts et à ses fantômes, Movie Ghosts s'apparente à une mis en abime du 7e Art avec cette figure de privé qui entend des voix d'acteurs décédés et tourmentés. Un premier volet détonant signé Stephen Desberg (scénario) et Attila Futaki (dessin).

Jerry Fifth, est un détective privé fataliste qui se balade à travers les rues de Los Angeles. Sa spécialité c’est de retrouver des personnes qui ont disparu. Le détective connait tout de Sunset Boulevard, de ses prostituées aux stars, scénaristes, réalisateurs et producteurs de cinéma qui l’ont arpenté et façonné à leur manière. Mais Jerry Fifth a un léger problème. Un gros, si on y réfléchit bien : il a des acouphènes et par une étrange relation de cause à effet il entend les voix des fantômes de Hollywood, ceux qui ont eu une fin violente. Et un soir, dans un bar, il croise la trajectoire de Cornell. Cornell n’entend pas des voix. Il voit les silhouettes de ces mêmes fantômes en attente de passer définitivement dans l’au-delà. Surtout, il est hanté par celui de Louise Sandler, ancienne actrice, retrouvée morte dans une décharge après avoir été étranglée et coupée en deux. Louise Sandler partait avorter. Elle n’est jamais revenue. Et alors qu’elle hante Sunset Boulevard, elle cherche l’identité de son meurtrier. Cornell demande donc à Fifth d’enquêter. Ce dernier ne se doute pas qu’il va tomber amoureux d’un fantôme, croiser celui de Louis B. Mayer, producteur tout puissant, d’une foule d’autres acteurs dans un cinéma et devoir partir à la recherche d’un journal secret d’une journaliste de l’époque de la presse à scandale. Le tout alors que l’ombre d’un autre fantôme, celui du Maccarthysme et de ses fameuses listes noires plane. Quoiqu’il puisse arriver de cette enquête, Jerry Fifth ne s’en sortira pas indemne.

L’attente vaine du privé dans un bar obscur de Los Angeles va accoucher d’une enquête surprenante.

Dans une ambiance feutrée, Stephen Desberg (scenario) et Attila Futaki (dessin) nous proposent de revisiter une époque légendaire en soulevant les différents tapis qui cachent des poussières sanglantes. Ils mettent en avant les deux facettes d’Hollywood, ils les juxtaposent : le côté face avec le rendu du cinéma, son aspect magique, ses salles de cinéma qui projettent une vision d’un rêve américain ; le côté pile, qui dévoile les coulisses du cinéma, la toute puissance des producteurs (Louis B. Mayer en tête), les pressions sur les actrices, le harcèlement, les avortements, les chantages, la liste noire d’Hollywood… Mais ce premier volet de Movie Ghosts est avant tout un hommage rendu aux fantômes de Hollywood qui arpente le Panthéon de notre imaginaire (ici celui des deux auteurs, mais qui doit déteindre sur chaque lecteur). Dès la première page, le ton est donné. On va aller de Mulholland Drive à Sunset Boulevard, boire des verres dans des motels miteux, explorer de riches demeures abandonnées, parcourir des rayonnages poussiéreux à la recherche de vieilles photos. Jerry Fifth est un détective à l’ancienne, un Eliott Gould dans Le Privé, d’Altman, mais qui aurait vécu une décennie avant lui. Il traine son spleen et son désespoir tout au long de ces 68 pages. Le scénario est dense. Amoureux de cette époque, du cinéma, des détectives de films noirs, de ces hard boiled savoureux avec des intrigues taillées à la serpe. Ici, Attila Futaki choisit de lisser l’univers. D’y instaurer des tonalités sombres. Des à-plats à la limite du monotone qui apportent un côté langoureux, mélancolique, fantomatique. On appréciera les bords de page qui hésitent entre noir et blanc. Le désespoir peint sur chacun des visages de cette enquête. Mélancolie est définitivement le terme qui colle à Sunset, et au-delà, un premier volet d’une série dont on attend avec une impatience muette la suite.

Publié le 29 mai 2026
Mis à jour le 27 mai 2026
Je roule jusqu’à Mulholland Drive, et j’ai du mal à imaginer la folie de cette nuit absurde, entre un monstre excité, terrifié par ce qu’il a fait, ce qu’il doit cacher au plus vite et l’âme arrachée à cette magnifique victime, sous le choc du vide, de l’absence de souffrance, de sensations, de vie.
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