Officier de police judiciaire à la PJ de Créteil, Emma Fauvel voit ressurgir un passé douloureux qu’elle a cherché à oublier en quittant la ville d’Annemasse, près de la Suisse, où elle a passé son enfance. En effet, Adèle Jezequel, la fille du commandant de police d’Annemasse, a disparu. Adèle que Fauvel connaît depuis l’enfance… Mais le plus étrange est encore qu’Adèle a déjà disparu sept ans auparavant dans les mêmes circonstances, au même endroit ! Elle avait été séquestrée pendant deux mois dans un moulin éloigné où son ravisseur l’avait violée et mutilée. À l’époque, les soupçons s’étaient portés sur Adam Becker, son ami de l’époque, un individu assez déplaisant, mais on n’avait pas dégagé la moindre preuve ni trouvé un coupable alternatif. La policière retrouve également Carène Sauveterre, qu’elle a connu à l’école de police – et qu’elle trouve particulièrement incompétente — et Lionel, le frère d’Adèle. Mais aussi le douloureux souvenir d’une mère alcoolique, d’un beau-père abusif, de Noémie, sa demi-sœur, et d’un mystérieux incendie. Que s’est-il passé il y a toutes ces années ?
Pour ce premier roman de Meï Lepage, l’intrigue, qui use des thèmes à la mode, basée sur une enquête de type marabout-d’ficelle, est très classique avec de nombreux personnages si bien qu’il faut se souvenir de qui est qui. Emma Fauvel est un avatar du Détective à Problèmes cher à feu Michel Lebrun, et le récit se termine sur une vision ambigüe : apparemment, ce qui fait qu’un geste est MAL, c’est la personne qui le commet, pas les faits en eux-mêmes. Mais sans tomber dans l’apologie de la justice expéditive devenue du dernier chic. L’ensemble pourrait donner un téléfilm « dramatique » du samedi soir s’il n’y avait le style, assez curieux dans le bon sens du terme : sa sécheresse pourrait évoquer tous les apprentis-Patterson tentant de copier sa formule, mais le texte est nettement très soigné. Et si l’intrigue se déroule surtout en dialogue (n’attendez pas des notes d’atmosphère sur le décor pourtant évocateur), elle est ponctuée de jolies phrases élevant le tout largement au-dessus du simple thriller-Netflix. Ce qui manque surtout, c’est cette clarté de l’intrigue qu’ont les Franck Thilliez ou Cédric Sire (qui a déjà tâté d’un thème très proche) qui fait que l’on sait à chaque moment qui est qui et où il se trouve. Un défaut mineur pour un premier roman.