CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 8,90 €
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ISBN : 978-2-3791-3202-5
Nombre de pages : 320
Format : 18 X 11 CM
Année de parution : 2023
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7 / 10

Un hôte bien encombrant

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Dans un petit village du Cantal, les habitants sont vent debout contre un projet de carrière à ciel ouvert. Un expert hydrologue, sur place afin d’étudier l’impact environnemental du projet, meurt subitement avant d’avoir fini son rapport. Dans un contexte tendu de lutte écologique, Sylvie Baron a imaginé une intrigue policière bien construite, impliquant des personnages attachants et complexes.

Tous les mardis, à Valuéjols, le bar de Reine Cazals est investi par les membres du Tricot-Club – un petit groupe initié par Alice Fromageot, une décoratrice d’intérieur pleine de talent, et qui réunit autour d’elle Joséfa Casarès, femme de ménage, Claudine Griffoul, coiffeuse, et Thomas Verner, retraité des Postes. Il s’agit certes de tricoter, d’échanger trucs et astuces entre experts et débutants mais, surtout… de papoter et de «faire société». Joséfa et Alice se sont rencontrées quelques années auparavant, dans des circonstances tragiques narrées dans Les Justicières de Saint-Flour (primo-publication: éditions du Bord du Lot, 2012) et, depuis, une solide amitié les unit. C’est grâce à Alice que Joséfà a rejoint le Tricot-Club et grâce à elle aussi qu’elle a trouvé un emploi fixe aux Sorbiers, une maison d’hôtes située à Albepierre, un village voisin. En ce mardi d’octobre, les aiguilles sont posées, et les échanges vifs : un article du journal La Montagne revient sur un projet de mine à ciel ouvert pour en extraire la diatomite – un projet qui détruirait la «narse», une zone humide exceptionnelle, et dont les prémisses remontent si loin qu’on pouvait le croire abandonné. Hélas non : la société Greenbull, qui l’a développée, semble bien sur le point de le faire aboutir, en dépit du classement de la narse en site Natura 2000… L’autorisation de commencer le chantier reste soumise aux conclusions d’un rapport d’expert et, justement, l’hydrologue chargé de le rédiger est sur place : Richard Cavensac loge aux Sorbiers, le temps de terminer son étude.

Il n’aura pas le temps de mener à bien sa mission : il subit un choc anaphylactique au cours d’un repas − et il en meurt faute d’avoir reçu à temps l’injection d’adrénaline qui l’aurait sauvé. En effet, la boîte bleue qui contenait les doses prêtes à être injectées et qu’il avait toujours sur lui a disparu. Une enquête officielle est ouverte. Pour Joséfa, l’intention criminelle ne fait aucun doute. On a tué l’hydrologue pour l’empêcher de boucler une étude qui, en démontrant l’impact néfaste de la carrière sur l’environnement, risquait de mettre un terme au projet. Mais son rapport allait peut-être, au contraire, être favorable à celui-ci ? Et bien sûr, elle décide d’enquêter de son côté, tout en comptant sur le soutien du commissaire Joël Laborie – et sur l’aide de ses amis du Tricot-Club.

Chapitre après chapitre, de nouveaux éléments apparaissent qui complexifient considérablement l’affaire – et ses protagonistes dont les caractères et les attitudes s’affinent, se modulent. Des liens insoupçonnés se révèlent, d’anciennes amours qui se sont mal terminées reviennent à la surface, rebondissements, interprétations erronées revues in extremis… Le chemin vers la solution est lent, et plein d’ornières où se creuse un suspense soigneusement entretenu.

L’intrigue policière, prenante et bien construite, s’insère dans un récit pétri d’amour pour le terroir auvergnat – et d’humanité : les personnages, secondaires ou pas, sont campés avec soin, décrits au physique comme au moral d’une plume sans concession mais bienveillante malgré tout (même antipathiques, ce sont leurs blessures susceptibles de les avoir aigris qui sont soulignées) ; leur intimité affleure tout au long de la narration par le biais de pensées intérieures plus ou moins développées – tous acquièrent ainsi une épaisseur, une présence narrative qui les rend profondément attachants.

C’est aussi un roman «pédagogique», si l’on veut. On y apprend une foule de choses – sur les oiseaux grâce à un jardinier-ornithologue, sur un manuscrit médiéval rarissime grâce à un aristocrate passionné d’histoire… Et sur la diatomite – il y a même une petite bibliographie en fin d’ouvrage qui fait suite à une note de l’autrice, soulignant notamment que le fonds environnemental de cette fiction n’a rien d’imaginaire: «Pour autant, le projet de carrière de diatomite sur la narse est bien réel, vous pouvez en suivre l’actualité sur le site du collectif.» Une actualité en 2023 qui hélas l’est toujours en 2026 car ce projet de carrière n’a pas été abandonné, et la lutte continue.

Mis à jour le 14 octobre 2026
− Dans une histoire comme celle-là, je me rends compte que les choses qui comptent sont celles qu’on laisse de côté, comme les émotions, les sentiments, les caractères, les événements du passé.»
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