Engoncé dans une demeure connectée dernier cri, Henry passe son temps à écrire des lignes de code, son agoraphobie l’empêchant de se frotter au monde extérieur. Il partage les lieux avec Lily, son épouse enceinte, et une IA dernier cri à qui il a donné un corps, un robot qu’il a baptisé William conçu dans son laboratoire de robotique, à savoir le grenier de leur demeure où il conçoit ses projets aussi révolutionnaires que secrets. Il ne lui a donné que la moitié d’un corps et un visage de plastique pour qu’on ne puisse le confondre avec un humain en dépit de ses capacités de conversation. Puis Lily, elle-même ingénieure, invite chez eux Paige et Davis, des collègues de travail. C’est le moment que choisit Henry pour leur révéler l’existence de William et de son avatar, mais contre toute attente, celui-ci se montre violent envers Lily, chassant leurs invités. Il devient alors évident qu’il y a quelque chose de dangereux dans cette maison hyper-connectée. Est-ce une intelligence extérieure qui s’est installée en William, comme il le prétend ? Ou plus étonnant encore ?
La bonne vieille peur de l’ordinateur a jadis redonné un sang neuf au thème de Frankenstein. La peur de l’IA joue à peu près le même rôle, mais le principe de base a-t-il changé ? Pas tant que ça… Existe-t-il une littérature-bis comme il existe un cinéma-bis se contentant de reprendre (avec plus ou moins de talent d’ailleurs) des thèmes à la mode traités ailleurs ? Ce roman-Frankenstein de l’Américain Mason Coile semble entièrement constitué de morceaux d’autres œuvres, majoritairement cinématographiques. Le thème en soi n’est pas nouveau, et les vieux de la vieille penseront à La Semence du démon, de Dean Koontz (1973…) et à son adaptation cinématographique, bien que dès 1969, un certain « HAL » de 2001 Odyssée de l’espace… Cet effort se veut modernisé, mais en dépit de ses thèmes connectés, il s’inspire également d’un certain M3GAN plus récent (2022), et lui-même bien dérivatif. Même l’espèce de petit clown mécanique qui fait de la figuration rappelle le pantin effrayant des « Saw » ! La révélation finale est logique, contrairement à bien des twists surgis de nulle part polluant le thriller industriel actuel. Il faut aussi admettre que si, classiquement, l’action progresse surtout en dialogues, le tout est bien fait et intéresse à défaut de passionner, surtout que l’auteur n’étire pas inutilement son propos – ce qui s’explique sans doute par le fait que Mason Coile est un pseudonym d’Andrew Pyper (Le Démonologue), auteur prolifique jusqu’à sa mort en 2025.