L’œil cyanure, c’est celui d’Angelo, un élève de l’Observatoire, un lycée privé huppé aux résultats impressionnants : un œil bleu sombre, l’autre marron. Ce lycée là même où George Amer le bien nommé a fait sa scolarité peu brillante dans les années 1960. Amer, ex-détective privé et apprenti écrivain rêvant de devenir le nouveau Belletto, aujourd’hui à la retraite, assistant informel d’un libraire de Lyon, revenu de tout sans sortir de chez lui et ressassant ses rêves de gloire. Angelo qu’Amer croit apercevoir un soir à Lyon. Seul problème : l’ado est censé être mort en 1965 dans un terrible accident, lorsque le combi Volkswagen du professeur de dessin avait raté un virage et était parti en fumée avec les trois élèves qu’il contenait. Dont Angelo. Comme Amer ne croit pas aux fantômes, il va chercher à savoir comment celui-ci peut être vivant. Tout ceci aurait-il un rapport avec l’A.J., l’Atelier Jeune, un des mythes de l’Observatoire où pouvaient s’exercer les futurs Picasso ? N’est-ce pas Blanchard, le directeur de l’A.J., qui a péri dans son combi ? Alors pourquoi Angelo aurait-il feint sa mort ? Que se passait-il vraiment dans ce lycée privé ? Et toute cette histoire existe-t-elle bel et bien, où est-ce une énième tentative d’écriture du romancier raté ?
Le polar, c’est une Histoire, et ce roman d’enquête en fait partie, renouant avec l’histoire de privé (certes en retraite, mais privé tout de même) et ses composants : bagarres, femmes fatales, secrets de province qui auraient ravi feu le grand Chabrol… Le tout se permet tout de même d’expérimenter dans le style, notamment en passant de la troisième à la première personne et offre une histoire pas vraiment linéaire par un artifice qu’on vous laissera découvrir. Il y a aussi ce personnage d’Amer, anti-héros attachant qui évoque les grandes figures du genre, mais ne ressemble à aucun autre. Ensuite, Gérard Laveau dévoile son arme maîtresse : un ton et une personnalité, rare dans les best-sellers industriels, tant dans son héros que dans le ton et les personnages employés. Il faut dire que l’auteur est loin d’être un débutant, même s’il n’a jamais eu l’honneur des grandes maisons d’édition.