Prix du quai des Orfèvres 1951
Mario Lespinasse est un homme comblé. Ancien résistant, marié à Fernande, tout récent père de Raymond-Luc-André, garagiste renommé : il fait partie des joyeux notables de Courseulles-sur-Loire sur la route de Pouilly dans cette France de l’après-guerre. Mais alors qu’il célèbre le baptême de son rejeton, deux sinistres individus viennent l’attendre à son garage : Louis la Fouine et César le Balafré. Faut dire qu’avant-guerre, Mario n’était pas un tendre. Il jouait les nervis dans la bande à Zacco du côté de Marseille. Et Zacco vient se remémorer à sa mémoire. Le garagiste a beau s’être rangé des voitures, il avait signé un pacte à la vie, à la mort. Alors, il va devoir redescendre à Cité phocéenne régler sa dette : abattre Magali, la maîtresse de Zacco qui, jalouse de Manon, risque de dénoncer son amant pour le cambriolage mortel d’une villa à Antibes. Heureusement, Mario peut compter sur l’amitié de monsieur Paoli, ancien commissaire de police au 36 quai des Orfèvres. Paoli qui concocte un plan pour se débarrasser de toute la bande. Mais une fois arrivé à Marseille, alors que Mario se prépare à jouer un joli tour à la Fouine et au Balafré, il tombe sur le cadavre de Magali. Lui et Paoli n’ont d’autre choix que de débusquer le meurtrier et de retrouver le butin du cambriolage d’Antibes.
Auréolé du Prix du Quai des Orfèvres 1951, Opération Magali est un roman policier cousu de fil blanc avec une morale sauve. Une intrigue linéaire avec ce qu’il faut de rebondissements pour garder le lecteur en alerte. Maurice Dekobra est un auteur prolifique qui a sévi de 1912 à 1972 ! Ses romans majeurs, La Madone des sleepings et Macao, l’enfer du jeu, ont été joliment adaptés au cinéma (deux de la vingtaine d’adaptations de ses romans dont Opération Magali en 1952 par Lazlo V. Kish). L’homme adore les romans d’aventure et n’hésite pas à y ajouter une dose de bluette. Ici, la rédemption de Mario Lespinasse avec son accent de Béziers. Ancien voyou devenu notable et passé par la case résistance (qui donne lieu à une amnistie), il fait preuve d’une complicité avec l’ancien commissaire Paoli. Mais le roman vaut surtout par sa critique sociétale. On s’immerge dans le Marseille du début des années 1950. On traîne dans les caf’conc (les cafés-concerts) en compagnie de gigolos et de femmes-artistes qui rêvent de trouver celui qui les sortira de là. On fume avec le concierge. On offre un verre à une fille paumée solitaire exténuée par son travail. On rêve de chant et de cinéma avant de finir dans une pauvre piaule. Et puis il y a les petits nerveux, le trafic sur le port, les flics à l’ancienne. En résumé : le joli témoignage d’une époque avec ce qu’il faut d’argot mais pas trop.