Rennes, quelque part dans une cité qui ressemble à toutes les autres, avec son lot de gens paumés, de gens qui tentent de s’en sortir et d’autres qui vivotent en attendant. Parmi toute cette population, on observe une famille. La mère, célibataire, a deux grands enfants : un garçon d’environ vingt-cinq ans, passé par la case prison, et qui vit d’expédients, revenant régulièrement chez une mère qu’il n’apprécie pas pour lui soutirer quelques menues monnaies afin de pouvoir boire et parier sur son chien de combat. Il y a aussi une fille, Monroe, qui s’approche du bac, mais que les voisins ne voient plus beaucoup (le lycée non plus d’ailleurs). Un jour, au pied de l’immeuble, un vieil homme vient déposer ses poubelles dans des bacs à ordures quand il entend des gémissements. Il prévient alors les secours car un nouveau-né vient d’y être jeté. Le bébé en observation à l’hôpital, les médecins préviennent la police : des bouts du placenta manquent ils sont sans doute restés dans le corps de la mère, qui risque donc de mourir. Il faut faire vite pour la retrouver. Deux policiers cherchent et interrogent les habitants de la cité, mais entre ceux qui ne voient rien, ceux qui ne veulent rien voir, ceux qui refusent de parler à la police et l’anonymat des grands ensembles, tout devient très vite complexe.
Le roman de Mathilde Beaussault raconte ce fait divers qui n’est qu’une moitié de l’histoire : le lecteur comprend assez rapidement que le bébé doit être celui de Monroe. L’auteure en profite pour décaler son récit vers les derniers mois de la future maman, placée à la campagne chez sa grand-mère, et de la paix qu’elle y découvre. Une paix complexe et fragile car la campagne n’est pas un havre de douceur par rapport à la banlieue, mais un autre lieu où peuvent s‘exercer les pressions, les violences et les douleurs. Ponctué des dépositions enregistrées par la police qui démontrent que chaque témoin voit midi à sa porte, et que les témoignages peuvent engendrer un rire parfois qui se coince dans la gorge tant il joue sur la misère et la mauvaise foi, La Colline alterne avec intelligence des moments sensibles, des moments horribles et des instants réconfortants au milieu des plus sombres horreurs. La romancière montre la vie telle qu’elle est en nous proposant le noir dans toutes ses facettes. Avec ce nouveau texte, Mathilde Beaussault confirme tout le bien que l’on peut penser d’une voix intéressante dans le monde du polar.