CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 22,50 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
ISBN : 978-2-84865-913-8
Nombre de pages : 130
Format : 30 X 22 CM
Année de parution : 2016
Crédits
Illustrateur(s) :
Scénariste(s) :
Contexte
Époque :
Régions :
CHRONIQUES > LIVRES >
9 / 10

Weegee : serial photographer

Illustrateur :
Scénariste :

Avec un joli noir et blanc qui hésite entre crayonné et encre de Chine, Max de Radiguès (scénario) et Wauter Mannert (dessin) retracent le parcours du photographe Weegee dans la ville de New York dans les années 1930-1950. Un portrait saisissant d'une Amérique sociale confrontée à celle du crime. Une vision contrastée et saisissante.

1935. Weegee devient photographe professionnel à New York. Le natif de Galicie est quand même un enfant des rues de Down East Side qui rêve de franchir la barrière qui le mènera à Upper East Side, dans la banlieue chic. Pour l’heure, il fait le pied de grue dans les bars, non loin du téléphone, attendant un appel d’un de ses indics de la police. Weegee est un photographe criminel dans beaucoup de sens du terme. Son gagne-pain c’est de photographier les corps des victimes de règlements de compte de la pègre ou de faits divers essentiellement sordides. S’il peut arriver sur les lieux du crime avant la police, il n’hésite pas à changer la scène de crime pour la rendre plus photogénique, plus alléchante. C’est aussi un solitaire qui ne vit non pas que pour son travail mais pour l’ascenseur social qu’il peut lui offrir. Il habite une petite piaule, a plus ou moins une « régulière » et une voiture qui lui sert d’atelier photo et de baise-en-ville. Surtout, c’est un homme névrosé qui rêve de grandeur et quand on est un génie de la photo comme lui on se doit de débarquer à Hollywood. Mais Weegee traîne son spleen, se fourvoie dans l’alcool et raconte sempiternellement la même histoire. Condamné à rester un serial photographer.

Weegee dans son quotidien, imperturbable, presque indécent, devant les drames de la vie.

Chez Sarbacane, Max de Radiguès scénarisera joliment plus tard l’adaptation en bande dessinée de Seuls sont les indomptés, roman culte d’Edward Abbey (immortalisé à l’écran par Kirk Douglas). Ici, dans cette bande dessinée biopic de 2016, il n’est pas encore accompagné d’Hugo Piette au dessin, mais de Wauter Mannaert, jeune novice en la matière mais d’ores et déjà talentueux. Avec lui, on traverse New York à plusieurs niveaux mais en noir et blanc, dans un style épuré entre crayonné et encre de Chine. D’abord, on suit les pas de Weegee dans la Grosse Pomme pourrie de l’intérieur. Ensuite, et c’est là tout le talent du dessinateur, on traverse une autre ville par le biais d’indices disséminés sur des panneaux de la ville, des devantures de commerces, de cinéma ou de théâtre. Toute une histoire révélatrice d’une époque. Weegee : serial photographer retrace le parcours d’un homme torturé, qui feint l’indifférence devant les tragédies qu’il photographie, qui sait se montrer caustique et qui est obnubilé par son talent. Le tout avec beaucoup de recul, de critique. On en ressort avec une furieuse envie de redécouvrir Murder is my business, un beau livre en version anglaise qui présente un des pans de son travail photographique : celui des crimes urbains, celui décrit dans cette excellente bande dessinée.

Publié le 18 mai 2026
Mis à jour le 18 mai 2026
– Le crime à New York ne va pas s’arrêter si t’es pas là pour le prendre en photo ! – C’est les gens de mon quartier qui s’entretuent… Il faut bien que quelqu’un en ait quelque chose à foutre.
CONTINUEZ VOTRE LECTURE..