CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 18,00 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
ISBN : 979-10-978609-0-5
Nombre de pages : 178
Format : 21 X 15 CM
Année de parution : 2025
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7 / 10

Ducasse à Vieille Chapelle : et autres récits troubles de la Belle Époque

À travers cinq récits qui s'interpénètrent, Francis Carpentier nous offre une évocation sensible et réussie de la France du Nord, durant la « Belle Époque ». Des histoires où passent voyous jaloux, femmes passionnées, commissaires discrets et indics en tout genre. Le tout mâtiné d'une écriture poétique.

La Ducasse est une fête très suivie dans le nord de la France. Elle est l’occasion de jeux, de danses, de rires et d’alcool. Lors d’une de ces fêtes, nous allons suivre Xavier qui va d’abord en profiter puis se bagarrer. Francis Carpentier décrit les lieux et un personnage dans son jus (parler et vocabulaire local rendu avec soin) dans une atmosphère très liée à cette région. Le deuxième récit est un petit bijou de ressenti. Au début du siècle à Béthune, des « chauffeurs », c’est-à-dire des voleurs-cambrioleurs qui parcouraient les campagnes et faisaient souffrir les paysans en leur brûlant les pieds pour leur faire avouer les cachettes de leurs magots, ont été arrêtés et condamnées à mort. Deibler vient avec ses adjoints afin de dresser les bois de la guillotine et de procéder aux exécutions. Outre l’atmosphère joyeuse et festive de cette manifestation, l’auteur dresse également le portrait de ceux qui en profitent en louant des pièces et chambres pour les riches qui veulent assister en direct et de près aux exécutions. Le texte qui décrit le toute avec soin et en en montrant de manière ironique toute l’horreur de la situation s’achève par les ultimes mots du chef guillotiné, des mots qui pourront s’expliquer de plusieurs façons. « Julia Dembremain » est un texte plus mélancolique, autour d’une femme, Julia, dans un registre naturaliste, dans la veine d’Émile Zola, très bien rendu. Fille de gens pauvres qui se sont enrichis, à force de travail et de ténacité, Julia doit se marier et sa famille choisit un « bon parti ». Même si son mari est un débauché qui la trompe et la bat, ni elle, ni son père ne pourront rien faire, car c’est la vie et la norme. « Le Cabaret de la Belle Glaine » reste dans la veine naturaliste, avec un côté plus Maupassant dans la description de la reprise par un ancien soldat du cabaret. Ce soldat a commis quelques actions avant son service militaire qui lui ont valu d’être sous la « protection » d’un commissaire de police, qui l’utilise comme indic. Dans l’histoire développée, une paysanne âgée, dont l’habitation est proche du cabaret, est victime d’une escroquerie finement menée mais qui échouera grâce à la dénonciation du cabaretier. Enfin, dans « Sylvie Brecht », nous suivons une orpheline, tombée amoureuse de Jérôme. Elle le suit en ville, mais c’est un mauvais garçon qui se retrouve en prison. Afin de continuer à l’aider, elle va se prostituer dans une maison close, et y croiser un commissaire déjà rencontré dans le texte. Si Sylvie prétend auprès de son compagnon travailler pour une institution religieuse, il découvrira à sa sortie de prison la vérité. Jaloux, il la frappera et la laisse morte avant de se pendre, provoquant en même temps un incendie. Une histoire bien racontée, qui ressemble aux chansons de Bruant ou de ses camarades du début du XXe siècle.

Francis Carpentier est un auteur discret, qui jongle avec différents genres de l’imaginaire et qui s’offre des incartades dans plusieurs registres, dont la poésie. Ici, dans ce recueil de textes (qualifié de brides de roman par l’auteur, mais que les connaisseurs du genre appelleraient plutôt un fix-up, c’est à dire un recueil de nouvelles indépendantes mais qui se relient entre elles), il s’appuie sur des éléments du registre policier, avec son lot de marlous, de putes, d’indics, de ce que André Héléna appelait la poisse, c’est-à-dire le mauvais sort qui s’acharne sur les petites gens, avec des incursions dans le fantastique expliqué (l’histoire de l’escroquerie fait référence à la possession, la hantise et les moyens de s’en débarrasser). Il construit ainsi une évocation, sensible et vivante d’un monde disparu, proche par ses connotations humaines, empreint d’un sens du détail bienvenu. Même si le texte demandera sans doute un peu d’efforts pour être trouvé, il mérite le détour dans cette description précise et intéressante de la région du nord (et par delà des provinces françaises) au début du XXe siècle.

NdR – Le recueil comporte les récits suivants : « Ducasse à la Vieille-Chapelle », »Le Testament d’Abel Pollet », « Julia Dembremain », « Le Cabaret de la Belle Glaine » & « Sylvie Brecht ».

Publié le 18 février 2026
Mis à jour le 18 février 2026
C’est qu’il n’y avait que du beau linge, au Bouton De Rose. C’était cher. La maison n’était pas à la portée de n’importe qui. En raison de quoi madame Albertine avait des exigences. Tant qu’elles se trouvaient dans le club, les pensionnaires se devaient d’être coquines et aguichantes sans tomber dans l’obscénité crasse, et faire mijoter les clients à la limite de la décence, sans la franchir avant de les avoir entraînés à l’étage.
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