Berlin, 1947. L’officier Norman Bold se retrouve chargé de récupérer dans une cache en zone soviétique des trésors spoliés par les nazis. Autrefois ami avec Jay « Jay » Johnson, il voit surtout débarquer dans le même temps l’envoûtante Clarisse. Elle a eu une histoire en France avec Jay Jay, mais soudainement le soldat a cessé tout contact avec elle et avec Bold. Dans un Berlin en ruine, le trio tente maladroitement de se rabibocher sous la volonté de Bold. En même temps, apparait la silhouette fantomatique et droguée de V., un adolescent, musicien virtuose, membre potentiel des Werwölfe, des enfants qui terrorisent tout un quartier et vivent de trafics. Mais tout ceci n’empêche pas les soldats américains de faire main basse sur le trésor nazi (entre autre le Faune du Palazzo Pretorio). Seulement, ils vont devoir faire face à la trahison du commanditaire, le Père Draganovic, qui récupère l’ensemble du trésor à bord d’un train. Opération durant laquelle le fameux V. manque d’abattre Clarisse, la rendant aveugle. L’histoire pourrait s’arrêter là. Les trois anciens amis se séparant et vivant leurs vies. Mais elle va rebondir en 1959 d’une drôle de manière. Le trio va quelque peu se recomposer pour récupérer le trésor et se venger du Père Draganovic…

Dans une ambiance très hollywoodienne, Alexandre Clérisse (dessin) et Thierry Smolderen (scénario) nous proposent une intrigue qui virevolte entre de nombreux genres : guerre, espionnage, braquage et romance (on pourrait ajouter a minima comédie musicale avec l’apparition de Clarisse). Le tout fait très film noir des années 1950 ou thriller des années 1970 alors même que le dessin et les couleurs de Clérisse en sont quelque part à l’opposé. Ceux qui ont lu L’Été Diabolik (Dargaud, 2016), des mêmes compères, ne seront pas surpris par ce mélange des genres, par le rythme de la bande dessinée par ces couleurs qui sautent aux yeux. Pas surpris ni dépaysés. En revanche, ils seront tout aussi emballés. Il faut dire que Moonlight Express est express. On fonce à cent à l’heure dans cette intrigue linéaire assez simple mais dans laquelle fourmillent plein de thématiques (au centre desquelles les relations interraciales : Jay Jay est un fantassin noir, un citoyen de seconde zone, meurtri dans sa chair qui va finir par se radicaliser et jouer les braqueurs). Et puis il y a au cœur de l’intrigue la présence énigmatique de ce V. que l’on retrouve à un moment par le plus grands des non hasards. Un rebondissement qui permet à toute la machine de se remettre en marche et une ultime alliance avant qu’à nouveau les chemins ne se séparent. Entre les deux, on a eu le droit à deux braquages dans deux trains différents (avec des oiseaux magnifiques) et un premier final qui est amoralement jouissif. Enfin, Moonlight Express c’est aussi un triangle amoureux (classique dans le cinéma) qui met à mal la camaraderie et qui se conclue comme l’aime si bien Hollywood. Une jolie histoire très joliment racontée.