Quelque part au fin fond de l’Arkansas. Gabriela et Edwin tous deux d’origine mexicaine forment un couple qui tente de survivre dans le monde capitaliste américain. Gabriela était enceinte, mais elle a perdu son bébé. Elle ne buvait pas assez car les conditions de travail à la chaîne dans l’usine de poulets qui l’a embauché sont inhumaines : impossible de s’arrêter pour se reposer et même pour aller aux toilettes. Mais Gabriela a compté : il faut encore travailler quelques années et économiser pour pouvoir faire aboutir leur projet. Edwin, lui, commence à être fatigué de plier devant les patrons, et surtout, devant le responsable de l’usine, Luke Jackson, un homme qui espère par son management dur gagner la première place de responsables et devenir membre du siège social. Il attend d‘ailleurs la prochaine inspection des officiels qui pourrait lui ouvrir la porte du bureau convoité. Sa femme est venue le voir, juste au moment où le rêve d’Edwin s’écroule : arrivé une nouvelle fois en retard, il est congédié par le patron. En sortant, il aperçoit la femme de Luke et son bébé de trois mois. Est-ce normal que tout lui réussisse à ce méchant patron ? Il décide soudainement d’enlever le bébé sans savoir que ce dernier a une maladie infantile qui pourrait lui être fatale.
Le roman d’Eli Cranor est construit de manière très simple en alternant la vie en parallèle des deux couples : une famille riche, mais avec quelques soucis (Luke Jackson couche avec une maîtresse et la vie de femme au foyer n’est pas simple et bien ennuyeuse) et une famille pauvre qui croule sous les désespoirs sociaux (risque de chômage, travail éreintant, perte d’un bébé, logement plus que précaire). Description sombre des États-Unis où personne n’a une vie agréable en essayant de la gagner, À la chaine est un roman qui montre une situation sans emphase, mais juste avec la violence du quotidien (même si le roman finira par une sorte de happy end bien amenée). Le livre d’Eli Cranor gratte là où cela fait mal, en s’appuyant sur le « symbole » du poulet base de l’alimentation américaine, à travers le quotidien de deux personnages (ou deux couples) qui essaient de vivre le rêve américain et en meurent.