Cliché de l’écrivaine recluse, comme elle l’admet elle-même, l’auteure best-seller de thrillers Marijke Verhoeven a une surprise inattendue en rentrant d’une soirée promotionnelle à l’occasion de la sortie de son nouveau roman. Pour une auteure de polars, découvrir un cadavre dans sa propriété de Gand, ça fait désordre. Comment cet inconnu a-t-il pu passer les nombreuses sécurités ? Et pourquoi l’avoir assassiné à cet endroit particulier ? Cette affaire a tout d’un scandale prêt à éclater, l’écrivaine étant une personnalité publique… Les premiers éléments de l’enquête menée par l’inspecteur Wilhem de Witte démontrent que l’inconnu était d’origine subsaharienne et qu’il a été tué à l’aide d’une arme particulière, un couperet de Lobala appartenant à la collection du père de Verhoeven qui l’a ramené d’Afrique. Le continent dit noir, voilà bien le seul point en commun dans cette affaire… Peut-être que les carnets de Firmin Verhoeven, le père de l’écrivaine, lui en apportera davantage ? Verhoeven père qui a été mêlé à toute sorte d’affaires à Léopoldville, au Congo belge, notamment l’exploitation des richesses minières de cette colonie, avant de passer à plus important encore. Mais comment cette histoire qui a débuté en 1938 peut-elle se conclure près d’un siècle plus tard avec un mystérieux cadavre dans une banlieue huppée de Gand ? Et pourquoi Marijke Verhoeven refuse-t-elle à tous l’accès au sous-sol de sa maison héritée de son père ? Que cache-t-elle ?
Isabelle Sallé nous propose un roman presque rétro dans sa présentation, tant dans le récit qui prend tout son temps pour s’installer que dans le style classique (dans le bon sens du terme) et travaillé. Ce qui ne l’empêche pas de se baser certes sur le passé, mais un passé peu reluisant que l’on découvre à peine, celui de la « Belgafrique » et de l’exploitation à tout crin… Prendre un écrivain ou une écrivaine comme protagoniste est devenue aujourd’hui une tête à la crème pour ceux voulant copier servilement l’un des derniers DIEUX (Stephen King, référence obligatoire pour le critique à qui cela évite la peine d’avoir à le lire), mais là, le personnage est crédible et bien mis en avant, loin des héroïnes nunuches pour had-I-but-known poussiéreux qui polluent le genre actuellement. Ce gros roman met en avant trois protagonistes : ladite auteure, l’inspecteur chargé de l’enquête avec des digressions sur sa vie personnelle (sans tomber dans le cliché du DAP, Détective À Problèmes du regretté Michel Lebrun) et, post-mortem, ce Firmin Verhoeven, chevalier d’industrie de toute les magouilles dont les carnets reproduits in extenso (non sans longueurs, il faut l’avouer) montrent un personnage plus complexe qu’un vulgaire méchant d’opérette — même si, sans trop déflorer, il devient de moins en moins reluisant. Comme souvent, le polar est le vecteur d’un fait social avec ici une dénonciation toujours d’actualité de l’exploitation de ressources naturelles au profit d’intérêts privés. Le tout sans céder aux afféteries à la mode. Parfois, ça fait du bien…