CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 21,90 €
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ISBN : 978-2-226-48634-9
Nombre de pages : 426
Format : 23 X 16 CM
Année de parution : 2026
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6 / 10

Au bord du monde

Bernard Werber s'attaque à des nouvelles certitudes comme les théories platistes et prend pour personnage principal celui qui est malheureusement devenu clivant : le journaliste. Surtout, l'auteur, d'un de départ ordinaire, nous emmène vers du n'importe quoi complotiste et pourtant plausible. Un bon roman de littérature populaire mais à la fin bancale.

Journaliste scientifique, Lucien Loiseau marne au journal « La Vérité » où il est sous-payé et sous-considéré par son rédac-chef Christian Dupuis, qui a depuis longtemps troqué toute éthique contre les chiffres de vente. Et pire, sa femme menace de le quitter pour quelqu’un ayant mieux réussi… Faute de mieux, un fait divers lui donne un sujet d’article : un certain « Mad » Mike Hugues, un bon Américain (donc meilleur pour les ventes) a construit une fusée artisanale dans le but de prouver une bonne fois pour toutes que la Terre était plate. Las, son engin n’est pas allé bien loin avant de s’écraser lamentablement, d’où des accusations de sabotage de la NASA, la CIA ou dieu sait qui. Loiseau trouve même un personnage « marrant », selon les conseils de son rédac-chef, en la personne du platiste convaincu Bruno Hamidi, créateur d’une « Flat Earth Society » française. Cherchant un angle pour son article, Loiseau choisit de faire comme si les théories platistes pouvaient avoir un fond de vérité dans le but d’obtenir l’effet comique qu’il recherche, jusqu’à la « photo » d’une planète en forme de pizza coiffée d’une cloche à fromage ridicule. Sauf que l’article a un succès inattendu… et se voit traité comme un « vrai » article scientifique sérieux. Bruno Hamidi devient une vedette et un réalisateur de cinéma en vogue propose même au journaliste d’écrire le scénario d’un film sur les platistes. Ce n’est qu’un début : sans le savoir, Loiseau a ouvert la boîte de Pandore…

On passera sur le style assez simple de Bernard Werber : bien d’autres l’ont déjà traité et, somme toute, on parle de littérature populaire – terme loin d’être péjoratif ici. On a vu bien pire, notamment chez les Anglo-Saxons pour qui il faut bramer pavlovesquement au génie. On le voit, dans ce roman, Bernard Werber s’attaque à des sujets d’actualité, le tout entrecoupé d’extraits de son éternel Encyclopédie du savoir relatif et absolu qui, pour les uns, permettront d’en sortir moins bête et pour les autres, démontreront que l’auteur sait se servir des moteurs de recherche. On traite ici de notre époque de la post-vérité, de biais cognitifs, d’endoctrinement, de la façon dont les pires délires peuvent devenir vérité pour peu qu’assez de personnes y croient, et même du travail et de l’éthique du journalisme. Son personnage n’est d’ailleurs pas un héros attribué et s’avère forcé de faire quelques arrangements avec sa conscience. Bref, on peut considérer que l’auteur prend des risques en abordant des sujets qui fâchent, au risque de s’aliéner une partie de son lectorat voulant uniquement du divertissement… ou qu’il enfonce des portes ouvertes avec un AMX 30. Question de sensibilité donc. En revanche, on peut regretter une fin pas tout à fait à la hauteur et moyennement logique.

Mis à jour le 9 octobre 2026
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