CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 23,00 €
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ISBN : 978-2-8126-2877-1
Nombre de pages : 380
Année de parution : 2026
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8 / 10

Les Mirages d’Adoua

Viktor Rousseau, le détective de François Weerts qui sillone Bruxelles en 1968, va ici trouver du fil à retordre dans une intrigue qui mêle mouvements politiques, assassinat et bande dessinée. Une ligne claire pas si nette mais purement addictive.

Viktor Rousseau est détective privé en Belgique, à Bruxelles, plus exactement. Lié au parti communiste local (qu’il a trahi autrefois), il vit de petites affaires. En cette année 1968, il est chargé d’une double enquête « littéraire ». Tout d’abord, un certain Hugo Pratt doit publier une nouvelle bande dessinée en Belgique et des informations circulent comme quoi il serait lié à des partis fascistes. Il s‘agit de vérifier si cette rumeur est correcte ou de la faire invalider afin que la publication se passe dans de bonnes conditions. Ensuite, quelqu’un est monté sur la tour Tintin et a recouvert la statue de Tintin et Milou avec une croix gammée et des signes SS. Il faut donc trouver le coupable. Mais, la mission de Viktor Rousseau va être compliquée car la police, alertée par l’odeur, vient de découvrir le corps d’une femme africaine assassinée, dans le coffre de sa voiture. Il peut prouver son innocence, malgré les accusations d’un responsable de la gendarmerie, entre autre grâce aux appuis d’un commissaire qui surveille les mouvements extrémistes. Mais la victime avait bien une de ses cartes de visite dans ses poches. Elle s’appelait Adoua, venait d’Érythrée et militait pour l’indépendance de son pays. Cela ramène Hugo Pratt dans le débat car son père, mussolinien, avait participé à l’invasion de l’Abyssinie (elle-même ayant annexé l’Érythrée). Or, justement, les autorités gouvernementales éthiopiennes (nouveau nom de l’Abyssinie) doivent justement venir officiellement en Belgique. Et elles pouvaient craindre qu’Adoua mette en branle ses réseaux pour perturber cette visite. L’extrême-droite pourrait aussi être liée à l’affaire car ses membres soutiennent le gouvernement et ont déjà été récemment échaudés par des manifestations violentes qui ont perturbé le passage du gouvernement des colonels grecs. Rousseau risque de prendre des coups (et pire si manque d’affinités) dans cette histoire où quelqu’un a essayé de lui faire porter le chapeau.

Nous avions découvert (avec bonheur) le détective de François Weerts dans On a tiré sur Aragon. Un détective classique, un peu cynique, un peu tendre, prêt à prendre des coups et brinquebalé entre différents ennemis, parfois même chahuté par ses propres amis. Ici, nous sommes de nouveau dans une intrigue typiquement belge, entre sa gendarmerie, qui a des options politiques assez tranchées, son parti communiste qui agit en sous-main, avec ses propres services de sécurité et, forcément, des allusions à la célèbre ligne claire de BD (le personnage va rencontrer un André Franquin qui semble déjà être sujet à la déprime qui donnera lieu plus tard aux célèbres Idées noires). S’appuyant sur une situation historique complexe, encore vivace aujourd’hui (les rapports tendus à l’intérieur d’un pays africain, lui-même composé de zones colonisées soit par les blancs soit par un vieil empire africain qui a lui aussi « colonisé » des territoires, et la poursuite des hostilités des différents groupes africains à l’extérieur du pays, en Europe), et sur la situation mouvementée de la Belgique en cette année 1968, où comme partout dans le monde occidental « progressistes » et « conservateurs » s’opposent plus ou moins violemment, le roman décrit avec soin, à travers une intrigue bien menée, l’état d’un pays à une période donnée. Quelques chapitres intercalés évoquent par son journal intime les réflexions d’Adoua à l’origine des péripéties. Le tout, de forme et de fond assez classique, emporte la conviction pour une très bonne variation autour d’un détective, un peu dépassé par les événements, mais qui cherche à faire advenir la vérité, entre des groupes politiques qui entendent conserver (ou obtenir) le pouvoir.

Mis à jour le 12 septembre 2026
J’avais fui les festivités du journal Tintin pour rentrer dans mon appartement-bureau de la Tour Martini. J’avais fini par téléphoner à Marie-Claire, elle était à bout de forces. Dégoûtée toujours de l’escamotage de l’assassinat de Jodie par l’appareil policier. Pour surmonter sa fureur, elle avait décidé de s’estourbir à coups de boissons alcoolisées et d’y joindre quelques pétards. Un programme qu’elle voulait accomplir seule.
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