Au Luxembourg, restaurant d’un night-club en vogue de la Capitale anglaise, Rosemary Barton fête en compagnie de six invités son anniversaire. Sont présents son mari, George Barton, sa soeur, Iris Marle, un couple d’amis, Sandra et Stephen Farraday, un nouvel arrivé adns le cercle d’amis, Anthony Browne ainsi que Ruth Lessing, secrétaire particulière de George Barton. Or, au retour d’une danse, Rosemary prend sa coupe de champagne, la boit et s’écroule, morte, le visage cyanosé. Elle sortait d’une grippe et souffrait d’une dépression nerveuse. La police a conclu au suicide. Une année plus tard, Iris se pose toujours des questions sur ce suicide. La découverte d’une lettre dans une poche d’une robe de chambre remisée au grenier de l’hôtel particulier d’Elvaston Square de George Barton, va commencer à l’interpeler. Surtout, Iris va peu à peu découvrir un autre portrait de sa sœur : Rosemary avait un amant, aimait la vie, était un peu égoïste, donc n’était absolument pas sujette au suicide. Et si elle ne s’est pas suicidée, c’est qu’elle a été assassinée. Qui parmi les cinq autres convives est le meurtrier ? George Barton, qui insiste pour qu’un nouveau repas se déroule avec les mêmes convives dans le même restaurant, mais en l’honneur d’Iris, va réveiller à nouveau le meurtrier…
Dans ce roman Agatha Christie fait preuve d’une construction très classique mais efficace : le roman se déroule en trois parties à peu près égales, qui à chaque fois changent la focale de l’intrigue et amènent des éléments nouveaux (le roman comporte deux sous-intrigues dont une n’a que très peu d’incidence sur l’enquête). Ce qui importe c’est le canevas avec un premier meurtre qui a eu lieu dans le passé dans une situation donnée, qui amène un second meurtre dans les mêmes conditions et qui accouche d’une enquête officielle. Écrit en 1945, Meurtre au champagne est un whodunit classique sans détective récurrent. La Reine du crime s’affranchit de ses personnages fétiches de Miss Marple et Hercule Poirot (pourtant, ce dernier aurait eu toute sa place dans ce Londres bourgeois qu’il connait bien mieux que miss Marple ; il aurait pu remplacer aisément le colonel Race, mais aurait aussi pris bien trop d’importance), et nous offre une énigme avec beaucoup de détectives : cinq au total, plus ou moins amateurs. Il y a tout d’abord Iris, la sœur de la victime, qui découvre une autre version de Rosemary (avec là aussi une marotte d’Agatha Christie : le prénom de la première victime vient du romarin, la plante du souvenir). Ensuite, George Barton, qui ne peut croire au suicide de sa femme, et qui connaissait ses frasques et infidélités. Enfin, l’inspecteur Race, de Scotland Yard, le colonel Race, vieil ami de George Barton et un troisième enquêteur (dont on taira le nom), qui font front pour débusquer le coupable : ce sont les « officiels ». On retrouve dans Meurtre au champagne plusieurs thématiques chères à Agatha Christie : les convenances sociales, le poids du mensonge, la brebis galeuse dans la famille… On notera aussi le portrait haut en psychologie de ce couple Farraday, la femme étant une fille de… (les Kidderminster, qui font la pluie et le beau temps au Parlement depuis des générations), et le mari un parvenu politique sans scrupules. Mais comme bien souvent, le mobile prime (à qui profite le double-crime ?) ainsi que l’ingéniosité de l’assassin (comment a-t-il pu glisser du poison à la vue de tout le monde ?). On regrettera un titre qui s’approche dans sa version française de Mort au champagne (1937), un roman de Ngaio Marsh, rivale d’Agatha Christie dans les années 1930-1940, mettant en scène son personnage truculent de Roderick Alleyn (les éditeurs sont comme les assassins, sans scrupules). Cyanure pétillant (traduction littérale de Sparkling cyanide) étant plus imagé et à-propos, et digne de cette intrigue astucieuse.