Paul et Amanda Dis forment effectivement un beau couple, lui le présentateur télévisé vedette avec son propre talk-show, elle une infirmière réputée. Une belle façade déjà fendillée et qui finit par s’effondrer : au retour d’un gala de charité, Paul renverse une femme errant sur la route — et vêtue d’une robe noire la rendant quasi invisible. Un simple accident qui pourrait arriver à n’importe qui ? Oui, mais Paul Davis avait plus qu’un peu bu à ce gala… Il préfère donc balancer le cadavre dans un ravin proche. Mais le couple commence à se déchirer : en cas de divorce, qui aura la garde de Tristan, leur fils ? Cherchant à faire réparer discrètement sa voiture, Paul tombe de Charybde en Scylla, à savoir un maître chanteur qui compte bien faire payer cher son silence. Alors que la police enquête, il apparaît que la victime était mourante d’un cancer, échappée de son hôpital. Pourquoi ? Et que venait-elle faire exactement sur cette route en pleine nuit ?
Un si beau couple fait partie de ces romans destinés à être adaptés. Ils ont donc pour vocation de se ressembler tous pour ne pas bousculer un lecteur que l’on suppose abruti de séries télévisées, et on sait dans quelle voie on s’engage : des narrateurs multiples, le tout au présent, pas de doutes, un terrain plus que balisé. L’ennui, c’est que pas un seul de ces personnages avec lequel on est censé tenir le nombre syndical de pages n’est sympathique, au contraire : on veut bien que le titre soit ironique, mais le mari est chargé jusqu’à la caricature, adultère (bien sûr, celles avec qui il commet ledit adultère sont exonérées d’office de toute responsabilité), la femme une oie blanche constamment terrifiée (et qui relève du Héros Attribué<sup>TM</sup>, puisque tout le monde ne cesse de répéter à quel point elle est intelligente sans qu’on nous le démontre). Et on passera sur le fait qu’il lui suffit de voir son mari avec une assistante de travail pour en conclure qu’il la trompe et subitement se retourner contre son « âme-sœur » ni très âme, ni très sœur : il s’agit une fois de plus d’un de ces couples tel qu’on en trouve dans ce genre de roman, si dysfonctionnels que l’on se demande comment ils ont pu finir ensemble, le fils n’étant là que pour servir d’enjeu transparent. De plus, tout évolue dans un milieu guère plus sympathique où tout le monde semble chercher comment trahir l’autre pour son propre intérêt… Puisque la mode est au « c’était mieux avant », le roman de Leslie Wolfe évoque les suspenses des années 1970 basés sur les turpitudes d’une bourgeoisie aisée à la Sagan inspirée par l’œuvre de Boileau-Narcejac (rappelons que Les Diaboliques et Vertigo/Sueurs froides, c’était eux à l’origine) avec ces récits de machination dont les cinéastes italiens étaient spécialistes. En son temps, le tout aurait fait un « Spécial-Police » de 240 pages, mais comme il faut noircir de la page, on a droit à tout un soap opéra d’un côté dans le milieu de la télévision, puis dans un hôpital tiré d’un épisode d’Urgences où des personnages disparaissent de l’intrigue (certain docteur) sans plus de raisons qu’ils n’y sont entrés. Et question morale, notre héroïne s’arrange elle aussi pour tuer quelqu’un accidentellement, comme son mari, mais reçoit aussitôt l’absolution, cet épisode ne faisant d’ailleurs guère progresser ladite intrigue… Bien sûr, il faut un retournement final, et comme toujours, il est capillotracté, tout en contredisant ce qui l’a précédé et, avec un récit à la première personne, il relève une fois de plus de la rétention d’informations. Bref, rien pour se différencier des dizaines d’autres navets bâtis sur le même moule qui seront sortis le temps de lire cette chronique.