CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 7,00 F
INFORMATIONS LIVRE
Collection :
Langue :
Numéro collection : 1445
ISBN : 2-7024-0540-1
Nombre de pages : 192
Format : 17 X 11 CM
Année de parution : 1972
Titre original : Viimeksi poistuu kapteeni
Crédits
Auteur(s) :
Traducteur(s) :
Contexte
Époque :
Pays :
CHRONIQUES > LIVRES >
6 / 10

Week-end finlandais

Auteur :

Avec pour point origine un week-end organisé par un directeur de société dans sa villa campagnarde afin d’y accueillir ses collègues, Mauri Sariola tisse petit à petit un fascinant suspense psychologique reposant tout entier sur les personnages. Postures, mimiques, pensées laissées sous silence – les tensions s’exacerbent, semblent s’apaiser… Il y aura tout de même deux cadavres.

Kaarlo Vanamo se prépare à accueillir pour tout un week-end dans sa villa campagnarde, agréablement située au bord d’un lac et en lisière d’une forêt, Reiji Sandroos, le P.-D.G. de la société où il occupe le poste de directeur, Eva Heinskanen, sa secrétaire, accompagnée de son mari Alvar, et Ilmari Autero, le second directeur. Un beau week-end d’octobre, avec un temps exceptionnellement doux. À l’arrivée des premiers invités, tout est prêt – les alcools, les mets, le sauna. La soirée commence plutôt bien, très largement arrosée, à peine dérangée par l’arrivée d’un inconnu convié à l’insu de son hôte par Sandroos, Olli Norva. Il ne s’attarde pas, mais revient le lendemain, et s’engage dans la forêt sur les traces de Sandroos, parti en balade. Au moment où, en fin de journée, Kaarlo Vanamo s’apprête à fermer sa villa après que ses invités eurent tous rejoint leurs voitures, Olli Norva n’a pas reparu. Pas question de l’attendre, ni d’aller à sa recherche : sa voiture est là, il saura bien rentrer quand cela lui chantera.

Le lundi, bien que la vie semble reprendre son cours, Vanamo ne cesse de penser à ce Norva disparu. Aussi effectue-t-il un rapide aller-retour à sa villa, et constate que la voiture de Norva n’est plus là. Il n’est pas tranquillisé pour autant : est-il vraiment rentré chez lui ? Et si cet homme était lié au passé trouble de son patron ?… Il commence par interroger Autero, mais celui-ci le prie fermement de ne pas essayer d’en savoir plus et, surtout, le dissuade d’aller déclarer à la police la disparition de Norva. Et puis il y a le «mystère Heiskanen»… Eva ne parle jamais de son mari, détourne la conversation dès qu’on la questionne à son sujet. Un mari alcoolique chronique, que Kaarlo aperçoit par hasard, quelques mois après le fameux week-end, évoluant parmi les clochards du coin dans un état de déchéance avancée. Pourtant il n’a décelé aucun changement dans le comportement d’Eva. Où donc en sont les deux époux dans leur relation ? Pour Kaarlo, cette énigme conjugale s’épaissit en même temps que ses investigations autour d’Olli Norva et de ses liens avec Sandroos et Autero stagnent dans une impasse. Jusqu’à ce qu’il découvre le corps d’Alvar Heiskanen dans sa villa, dans sa propre chambre. Un cadavre qui en ramène un autre à la surface, au sens le plus propre de l’expression : les restes d’Olli Norva sont exhumés dans la forêt.

Là où la plupart des polars commencent – la découverte d’un cadavre, ou de signes attestant d’un acte criminel – celui-ci touche presque à sa fin. Comme si ces corps participaient davantage de l’élucidation de l’affaire au lieu d’en être l’œil noir initial. De fait, la part de récit dévolue à la dimension strictement policière reste très mince, cantonnée dans les quarante dernières pages dont elle ne constitue même pas l’essentiel, et réduite à la description des premières interventions sur la scène de crime puis à quelques dialogues entre le commissaire chargé de l’enquête et Kaarlo Vanamo. En fait, l’investigateur principal est Kaarlo Vanamo, qui agit non pas comme détective de circonstance mais en tant que premier concerné. Ce sont ses doutes, ses réflexions, ses questions, ses déductions et ses démarches pour éliminer autant que faire se peut les points d’interrogation qui fondent la progression d’un récit écrit à la troisième personne mais de son point de vue à lui. Un récit tout entier construit sur les personnages, chacun soigneusement portraituré au physique comme au moral, sans complaisance – et faisant reposer sur eux l’entièreté du suspense : jusqu’où les mèneront les flots d’alcool servis pendant le week-end ? Qui est véritablement Alvar Heiskanen ? Et cet Olli Norva, perçu comme «une caricature de Buffalo Bill» ? Quant à Sandroos, jusqu’à quel point va-t-il imposer sa tyrannie à ses subordonnés ? In fine, quoiqu’il y ait deux morts dont il importe de savoir qui les a tués, ces personnages montrent que l’on a plutôt affaire à un drame psycho-social d’une profonde noirceur – un roman noir, donc, plutôt qu’à un polar classique.

Même s’il n’est pas instauré par une énigme criminelle initiale dont on attend la résolution dès le départ, le suspense reste intense, entretenu avec soin par de nombreuses ellipses, des sous-entendus, une manière de balayer les motifs d’inquiétude et de laisser dans l’ombre certaines questions… Le tout dans une langue limpide, simple et épurée – c’est du moins ce qu’on en lit à travers la traduction. L’on est véritablement happé par ce récit apparemment étale mais auquel on s’arrache avec peine, comme sous l’effet d’une force hypnotique, et qui, une fois terminé, exerce encore une sorte de charme diffus et prégnant.

Mis à jour le 22 octobre 2026
Eva Heiskanen était la secrétaire de Vanamo. Il ignorait pour quelle raison elle ne voulait pas que son prénom s’écrive « Eeva », selon l’orthographe finnoise.
CONTINUEZ VOTRE LECTURE..