Désert de Sonora, 1948. Écrivain à succès, François Combe est également un homme volage qui touche un peu à l’alcool et qui joue de l’appareil photo. Il s’est installé avec sa femme, sa maîtresse, sa gouvernante et son fils de dix ans dans cet entre-deux (Mexique et États-Unis) symbolisé par la ville de Nogales. Quand une jeune femme de dix-sept ans est retrouvée lardée de dix-sept coups de poignard dans sa chambre de motel, les soupçons se tournent vers lui et son ami Jed Peterson : le premier avait présenté Raquel au second quelques heures avant sa mort. L’affaire se corse lorsque la police d’État retrouve un nouveau corps, celui d’une fille de la zona roja de Nogales, abandonné en plein désert. Si Combe est définitivement mis hors de cause (il était à New York), il n’en est pas de même pour Peterson, qui a fait une virée éthylique de sept jours et qui ne se rappelle de rien. Quand une troisième victime est découverte, que des indices dans une ghost town pointent sur l’Américain, il est incarcéré sans possibilité de caution. Seulement, Combe ne croit pas à la culpabilité de son ami, et se lance dans une enquête avec l’aide de sa gouvernante, mexicaine. Ensemble, il va leur falloir débusquer et traquer el serpiente, un cruel tueur. Mais ce dernier pourrait bien également être à la solde d’un commanditaire…

De l’autre côté de la frontière est une jolie bande dessinée noire qui renoue avec le mythe du film noir des années 1940. Une époque où un écrivain pouvait s’installer en un lieu exotique, frayer avec un milieu interlope, et régner dans son foyer en potentat avec peu de scrupules (on notera les portraits de femmes fortes qui ponctuent le récit). Avec cette frontière entre les États-Unis et le Mexique, Fromental et Berthet prolongent un autre mythe, celui d’un cauchemar climatisé baigné par le sexe et l’alcool – avec ce Mexique violent, on pense plus à la deuxième partie du Dahlia noir, de James Ellroy, que Ça commence à Vera Cruz, de Don Siegel, même si dans ce film, il y a un jeu du chat et de la souris que l’on retrouve dans la bande dessinée. Tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette bande dessinée une belle mais sombre aventure qui va puiser sa source en 1929 avec le krach annonciateur de la Grande dépression. Les couleurs mat (comme celles de Myles Hyman) de Dominique David donnent un aspect figé, comme pour un instantané, qui nous plongent dans l’époque et qui mettent parfaitement en valeur le trait qui hésite entre réalisme et cinéma hollywoodien de l’époque de Philippe Berthet. Si la fin est quelque peu prévisible, il n’en demeure pas moins une lecture agréable car Fromental est un excellent conteur, qui sait garder la tension d’une histoire rendue lancinante par le climat.