Orléans, 1957, petite ville de province avec son grand magasin à l’ancienne, qui fleure encore bon le Au bonheur des dames d’Émile Zola. Deux vieilles filles, les sœurs Bodins, sont un peu énervées par ce grand magasin même si elles ont comme locataire un des vendeurs du dit magasin. Aussi, ne peuvent-elles s’empêcher de commettre des petites plaisanteries pour empoisonner la vie du magasin. Mais un jour, c’est plus embêtant, un crime y est commis sur l’un des cadres de l’entreprise. Qui a bien pu le tuer ? Un autre cadre, qui va gagner du grade avec la mort de son confrère, dépense sans compter pour une belle employée et cela pourrait constituer un mobile. Intéressé par la potentielle enquête car sa propre fiancée pourrait être aussi impliquée, le jeune homme, s’appuie sur les deux sœurs Bodin afin d’essayer de délier les fils de l’intrigue policière et de découvrir le véritable coupable. Il pense même s’approcher du but lorsqu’un « accident » suspect manque de peu de le passer de vie à trépas. Pour se remettre de ces péripéties, les deux sœurs partiront en vacances dans une pension sur la Côte d’Azur. Mais tour à tour deux pensionnaires trouveront la mort. Comme d’autres pensionnaires feront semblant de ne pas se connaître tout en se retrouvant pour discuter dans les recoins de la pension, les deux sœurs passeront à l’action et chercheront à découvrir la vérité.
Depuis quelques années un parfum de nostalgie – avec des enquêtes (parfois situées dans une Angleterre victorienne) qui jouent sur le côté cosy des choses -, revient en forme. C’est le parti-pris du spécialiste de la S.-F André-François Ruaud de nous proposer ici, en trois volumes, normalement, une intégrale d’une « ancienne » série au tournant des années 1960 publiée dans la collection « Un mystère » des Presses de la Cité. Ruaud a lui-même publié – outre des romans contemporains sur le genre, remis au goût du jour -, soit des auteurs perdus de vue, soit des intrigues se situant dans un passé revisité. Jean-Pierre Ferrière est le créateur d’une série originale avec un personnage haut en couleurs, mais un peu dépassé, du genre Miss Marple. L’aspect original est qu’il n’y a pas qu’une seule vieille dame. Ici l’auteur propose deux sœurs, deux vieilles dames indignes, qui mènent l’enquête, de manière classique et nonchalante, avec de petites piques et un humour bon enfant qui réjouira les lecteurs, heureux de se replonger, pour changer, dans un moment où le crime était léger et les mœurs un peu plus corsetées. Pour certains, cela aura peut-être vieilli, mais pas si mal que cela, finalement. Surtout, comme comme ce genre revient « à la mode », le lecteur d’aujourd’hui s’est habitué à ce genre d’intrigues plus cosy et qui rappelleront à certaines les films en noir et blanc de leur enfance.
NdR – L’anthologie comporte les romans Cadavres en solde (1957) et Cadavres en vacances (1958).