Le dimanche 30 octobre 1938, CBS en diffusant l’adaptation de La Guerre des mondes, le roman de H. G. Wells par Orson… Welles, ne se doute pas qu’elle bouleverse les codes de la narration. En effet, le génial américain a construit une narration sur fond de succession de flashs infos annonçant l’arrivée des Martiens et leurs intentions belliqueuses. De nombreux auditeurs ne se laissent pas berner mais dans la petite ville de Grovers Mill, non loin de l’épicentre fantastique, l’assassinat d’une femme par son mari, suivi du suicide de celui-ci assorti de la découverte de leur enfant blessé à mort titubant sur la route affublé d’un masque à gaz, menace CBS des foudres de la FCC, la Federal Communication Commission. La direction de la radio demande à Douglas Burroughs, un de ses anciens journalistes devenu écrivain, de partir dans cette bourgade reculée du New Jersey pour enquêter sur cette tragique affaire et de conclure sur la responsabilité ou pas de la radio, en toute objectivité. L’homme accepte et va bousculer les habitudes de ses habitants : un shérif prêt à rendre service, une jeune journaliste en quête d’un scoop, un vieil homme noir qui a fait la guerre, des voisins mutiques du couple mort dans cette tragique circonstance, trois jeunes adolescents en quête d’idéaux et d’amour… La probité et le flair de Douglas Burroughs vont par la suite faire le reste et mettre à jour une non moins tragique affaire, qui peut se résumer à cinquante ans d’histoire des États-Unis.

Laurent Galandon (scénario) et Jean-Denis Pendanx (dessin) nous proposent une ingénieuse bande dessinée, basée sur de faux-semblants (ou sur une vaste supercherie, au choix), comme une mise en abime de l’histoire qu’ils racontent. Se fondant sur un événement réel – la diffusion sur les ondes de La Guerre des mondes, feuilleton radiophonique d’Orson Welles -, ils analysent la réaction de la population américaine. Enfin, d’une partie de la population, car l’audience n’a touché « que » deux pour cent des Américains comme l’expliquent les deux auteurs. Surtout, parmi les auditeurs, nombre étaient ceux qui étaient accoutumés aux pièces radiophoniques qui rythmaient leur semaine. La suite est une histoire dans l’histoire avec une enquête qui doit aboutir à la vérité et à un livre. L’occasion pour les deux auteurs de dépeindre tout un pan social d’une bourgade tranquille en apparence avec ses non-dits et ses problèmes de jeunesse, de voisinage, ses atermoiements raciaux… Il y a du James Ellroy dans cette intrigue noire à souhait magnifiée par un trait habile, volontairement passéiste avec des tonalités mates pour mieux rendre l’époque. Surtout, les auteurs nous plongent dans une histoire « ordinaire » avec une résolution qui ne peut que conduire à la culpabilité de la radio après avoir traumatisé un couple de gens simples. Sauf que tout n’est pas si simple que ça à Grovers Hill. Du point de vue de cette triple enquête (deux journalistiques et une du shérif), A fake story est une pure réussite très maline. Elle se dote en outre d’une réflexion sur les médias intelligente (ici la crise de la presse papier devant l’arrivée de la radio qui précède celle de la télévision et par excroissance celle d’Internet). Une réussite à tous points de vue pour une réelle histoire fausse… Une pure fiction !