Marion Singer est une femme d’affaires d’un type un peu particulier. Elle a été mariée à John Singer, caïd de Sydney, roi des machines à sous et des casinos de la ville. Or, ce dernier a disparu au large de la ville deux ans auparavant. Sa mort a été confirmée par la police même si son corps n’a jamais été retrouvé. Et Marion Signer a repris en main ses affaires. Quand elle demande au détective privé Cliff Hardy de retrouver la trace de son mari qui ne serait pas mort, il est bien embêté. Pourtant, il accepte d’aller enquêter dans les bas-fonds de Sydney où l’homme aurait été aperçu. Ses pas finissent par le mener dans le quartier de Bondi, plus exactement dans le bar de Manny, à côtoyer le journaliste américain Bruce Henneberry et l’étudiante en sociologie Ann Winter, qui s’intéressent de près aux pauvres gens qui hantent les rues, dont un certain Léon. Cliff Hardy, avec ses questions, finit par attirer l’attention de deux anciens associés de Singer et du flic Frank Parker, surtout après la découverte d’un premier cadavre joliment éviscéré. Et puis, Hardy commence à prendre des coups, beaucoup de coups. Et les pansements de Hilde, sa locataire, ne vont pas suffire. Alors Hardy se prépare à répandre des rumeurs pour réveiller un peu tout le monde. Mais à quel prix ?
On retrouve dans ce quatrième volet des enquête de Cliff Hardy tout ce qui a fait le succès des romans hard boiled américains : ville corrompue, femme fatale énigmatique, gangsters propres sur eux, quartier et personnages atypiques. L’auteur australien Peter Corris montre ici que Sydney n’a rien à envier à Los Angeles. La trame principale de son énigme est très classique avec une cliente fortunée qui recherche son mari qui a volontairement disparu. C’est l’occasion pour Peter Corris de nous brinquebaler dans une ville de Sydney avec beaucoup d’empathie. Son personnage de détective privé un peu cynique est surtout empathique même s’il sait qu’il commet beaucoup d’erreurs de jugements de personnalités. Il joue au tennis, il a arrêté de fumer mais à toujours envie de s’en rouler une. Il compense avec de bonnes doses de whisky et de nombreux verres de vin (dans cet épisode, le tabac et l’alcool sont des addictions omniprésentes qui touchent toute la société). C’est un fin observateur de la vie urbaine qui peut être désemparé dans un ashram. Surtout, il se fait beaucoup enlever, beaucoup tabasser. Redresseur de torts, il n’hésite pas à donner un coup de main à un candidat de gauche et surtout il sait qu’elles sont les limites à ne pas dépasser avec la police. Dans cette histoire, Peter Corris ajoute une sous-intrigue intéressante sur la fraude aux pensions. Et puis il fait montre d’une ironie douce-amère au moment de conclure son roman. Et puis, il y a ces échanges enregistrés sur cassette entre Henneberry et Winter pour partager leurs impressions et qu’ils laissent dans le café de Manny. Le tout dans un style qui hésite entre Raymond Chandler (écriture métaphorique), Elmore Léonard (pour les rappels historiques et la culture) et Dashiell Hammett (le cynisme et une certaine sécheresse de ton). Un véritable plaisir de lecture.