Radié de l’Ordre des Médecins (une sombre histoire où il a plutôt fait preuve de responsabilité), Alexandre est devenu « Le Toubib de la pègre » (ce que sa famille, et notamment sa femme policière, ignore). Il a mis en place tout un protocole pour ne pas être trahi par ses nouveaux clients (mots de passe, armes déposées dans un caisson, salle d’opération itinérante…). Surtout, il a maintenant un certain pouvoir qui lui permet d’imposer ses tarifs. Mais alors qu’il est en affaires avec un duo de braqueurs, un étrange individu armé fait son apparition avec une étrange histoire. Zacharie se dit chasseur de vampires. Mais Zacharie exhibe également une morsure et annonce que le Toubib doit l’opérer avant qu’il ne fasse jour. Un chantage surnaturel à partir d’un élément qui devient peu à peu obsédant et réaliste. Pour Alexandre, les deux braqueurs et Zacharie, commence un huis-clos asphyxiant qui va voler en éclat avec l’arrivée d’une équipe de l’Agence Nationale du Risque Sanitaire. Mais quels êtres se cachent réellement derrière les masques de leurs combinaisons ? Alexandre va devoir prendre des décisions d’autant plus dramatiques que sa famille va se retrouver au cœur d’un conflit terrible.

Sur fond de complot médical et de fantastique gothique (il sera fait allusion à la Transylvanie), Mathieu Gabella, Mathieu Mariolle et Mikaël Bourguoin nous proposent une intrigue trépidante, qui débute plutôt lentement pour aller s’accélérant. Les auteurs jouent principalement sur la symbolique du serment d’Hippocrate (lui, serra aussi au cœur de l’intrigue) et sur l’analogie entre le serment et le serpent qu’une seule lettre différencie. En effet, les vampires dont il sera question muent à l’instar des serpents. Le serment d’Hippocrate étant celui qu’a juré de suivre un Alexandre plutôt droit dans ses bottes jusqu’à ce qu’une expérimentation vienne se mettre en travers de son chemin. Et c’est là que le complot médical intervient avec ses ramifications historiques. On plonge dedans avec des expérimentations qui n’ont d’autre but que d’arriver à une certaine immortalité (le mythe du vampire ressurgit). Le sujet est bien amené dans une intrigue chapitrée qui propose quelques flashbacks. À la solidité d’une intrigue intelligente (scénarisée par Mathieu Gabella avec l’aide de Mathieu Mariolle), Mikaël Bourguoin apporte un univers sombre tendance monochrome qu’épouse un joli coup de crayon. La bande dessinée n’est cependant pas une bande dessinée qui peut se lire n’importe comment à n’importe quel moment. Les dialogues et le découpage des pages font qu’il faut avoir tout le temps l’esprit en alerte pour mieux comprendre les tenants et les aboutissant. On est ici à la frontière du comics avec un cliffhanger qui rappellera quelque chose aux rôlistes des années 1990 qui avaient plongé dans les univers White Wolf. Et c’est du plus bel effet.