Orso Orsini, comptable à la cinquantaine révolue, mène une vie calme en compagnie de sa femme même si, avec le temps, il lui semble que celle-ci s’est un peu éloigné de lui. Peut-être aussi parce qu’il n’a plus l’enthousiasme de ses fougueuses années et qu’il ne brille plus d’une passion sexuelle intense. Peut-être aussi parce que son fils, qu’il aime par dessus tout, est parti travailler dans l’humanitaire, loin de sa famille et qu’il ne donne que peu de nouvelles. Orso Orsini aime cependant bien sa femme, peintre, spécialiste de l’artiste espagnol Joaquin Sorello, et qui travaille comme copiste d’œuvres d’art. Un jour, s’ennuyant, il décide de passer la voir à son atelier et il arrive juste après qu’un bel homme soit entré dans son atelier et que les rideaux soient tirés. Ses certitudes s’effondrent et il décide de suivre l’homme, comme cela, pour en savoir plus sur lui. C’est un Cubain, marchand d’art et qui doit être en affaire avec sa femme. Il découvre aussi l’épouse de cet homme, très belle elle aussi. Il ne peut s’empêcher de s’approcher d’elle et lui dire qu’elle est, comme lui, cocue. Quand quelques jours plus la capitaine Blandine Blanco lui annonce que le bel homme est tombé de son balcon et que tout porte à croire que quelqu’un l’a aidé dans cette chute, les soupçons se portent sur lui.
Le roman d’Hélène Couturier tient sur cette fine ligne entre la raison logique et celles parfois illogiques (tout ce qui touche l’humain) à travers quelques personnages bien décrits et que nous allons suivre avec attention. Tout le talent de l’auteure permet que nous nous intéressions à cette histoire et à ses protagonistes. Comment réagir face à une situation non maîtrisée, non maîtrisable qui nous oblige à sortir de notre confort de vie ? Le personnage central, coincé entre ce fils parti et cette compagne qui a cherché ailleurs ce qu’il ne lui offrait plus ou moins bien, voit sa vie chamboulée, surveillée, observée par une femme policière de qualité, qui essaie de comprendre. D’autres pistes sont ouvertes – notamment à cause du passé « corse » du personnage et le tout se trouve se refermer dans les derniers chapitres de belle façon et en explicitant tout. Un petit bijou d’ingéniosité, jouant sur la psychologie des personnages et leur quotidien, entre le réalisme d’un roman noir classique et des regards de côté. Un jeu subtil d’écriture sur la vérité et l’obsession mené avec force pour une réussite d’écriture de la part d’une romancière qui sait à la fois se renouveler et nous offrir des ouvrages de qualité, singuliers et attachants.