Pietro Rota a grandi à Montisola, une petite île sur un lac italien et où durant la Seconde Guerre mondiale s’était réfugiées des troupes mussoliniennes dirigées par l’élite des parachutistes, la Décima MAS, une unité qui avait refusé toute idée de défaite. C’est là qu’avait été mise au point une mission qui devait permettre à des sous-mariniers d’aller frapper les États-Unis dans le port de New York. Mais suite à une information, les Alliés avaient bombardé le port d’attache du submersible au moment où son commandant, un homme d’expérience, devait embarquer. À l’époque de ces événements, on assista à la disparition de Luce, une jeune femme, et des remous autour de Nevio et Ercoli, deux insulaires, dont le rôle fut complexe dans cette affaire. Pietro a « fui » l’île, trop petite, pour devenir journaliste à Milan, laissant sur place son meilleur ami et sa copine. Mais, il vivote et risque d’être coincé par un homme à qui il doit de l’argent, beaucoup d’argent. Douze ans plus tard, il doit revenir sur l’île car son père, Nevio est accusé du meurtre d’Ercoli. Cette nouvelle fuite lui permet aussi d’échapper à l’homme à qui il doit de l’argent. Quand il arrive sur place, il découvre que les indices contre son père sont importants et une solution de facilité pour la police locale. De plus, son meilleur ami est devenu policier et son amie est devenue la femme de celui-ci, lui reprochant de ne pas l’avoir emmené avec lui pour fuir l’île où depuis elle « végète ». Avec l’aide de cet ami, Pietro va essayer de se débarrasser de ses démons (il se drogue) et de trouver des pistes pour réfléchir au véritable coupable. Très vite, il se doute qu’il y a un rapport avec la disparition de Luce, au moment de la guerre, une jolie femme que Nevio et Ercoli aimaient tous deux, mais qui était aussi convoitée par un officier SS, chargé de la liaison avec les mussoliniens. Or il semblerait que le dit officier, qui a fui en 1944, serait récemment revenu en « pèlerinage »…
Au fond du lac comporte une structure classique avec deux parties qui se répondent en deux strates historiques : aujourd’hui et 1944, avec en prime quelques excursions sur l’adolescence des protagonistes en 1980. Le roman de Jacopo De Michelis se développe de manière lisible, sans fausses notes en distillant les fausses pistes et les rebondissements, de manière graduelle et logique pour maintenir le suspense sur la longue durée. Les personnages sont bien dessinés, tous, y compris l’évocation du SS et d’une femme, un peu autiste, qui était la grande amie de Luce et qui vit encore dans cette histoire. Par moments, les jeunes gens, pour comprendre les ressorts du crime, vont voir leur ancien professeur d’histoire, également historien local, ce qui permet de replacer l’Histoire au cœur de l’histoire. Sans prétendre à révolutionner le genre, le roman est construit avec soin, solidement raconté et offre une lecture agréable, intelligente et bien menée.