Commissaire à la brigade criminelle de Paris, Katell est chargée d’une nouvelle enquête qui pose problème : Laurine Arrio, une jeune femme sans histoire qui travaillait dans la bibliophilie a été retrouvée morte, laissant derrière elle une lettre de suicide. Mais entre le mode opératoire assez particulier (elle aurait avalé des produits d’entretien toxiques) et les raisons de ce suicide qui semblent bien vagues, Katell voit surtout qu’il y a de nombreuses questions qui restent sans réponses et que des « puissances » semblent agir en coulisses pour étouffer l’affaire. Quand elle découvre qu’un homme qui avait rencontré la défunte trois semaines auparavant a lui aussi été retrouvé mort, qu’il y a une liaison possible avec des groupes de mafieux russes chargés de voler des éditions originales de grands auteurs russes afin de les rapatrier dans la mère patrie, que la vérité se rapproche d’un des derniers parrains russe, abattu à son tour, elle comprend qu’il y a un lien avec des « délires » bibliophiles. Et surtout se pose la question de savoir qui est ce mystérieux Gauthier dont le nom commence à revenir souvent et que certains prétendent immortel. Dans l’intervalle, il y aura un lien avec un riche présentateur turc qui ne supporte pas que sa jeune « maîtresse » désire partir, le fils d’un énorme entrepreneur français qui achète des chevaux de course et une prostituée tuée en 1475, sans compte un amour homosexuel entre un jeune Français et un officier allemand dans le Paris des années 1940.
Frédérique Molay nous offre un thriller qui engrange tous les éléments du genre : focus sur différents personnages qui deviendront les protagonistes ou les victimes, décalages historiques et géographiques qui montrent la profondeur de l’intrigue, scènes à la limite du gore pour installer l’inhumanité de certains personnages que l’on pense immortel… Sans rien vouloir dévoiler de l’énigme, le titre parlera sans doute aux latinistes distingués qui nous lisent et le récit « débloque » assez rapidement ce qui est son cœur. Le roman aurait pu gagner en efficacité avec quelques passages un peu moins longs mais c’est aussi la loi du genre que de développer les points de vue, de multiplier les angles ou de permettre à des « spécialistes » et autres érudits d’expliciter les enjeux et les repères historiques. L’ensemble est construit avec soin et se laisse lire très agréablement