Elizabeth Richmond a perdu ses parents qui, avares, avaient économisé et thésaurisé. Pour l’instant, c’est sa tante, Morgen, qui est sa tutrice et gère, au compte-gouttes, l’argent. Elizabeth travaille comme secrétaire dans un musée où elle compulse des listes et s’ennuie. Comme elle est sujette à des migraines et a des problèmes de santé, sa tante l’envoie chez le médecin de famille qui ne découvre rien de grave, mais comprend qu’il y a aussi des soucis d’ordre psychologique et l’oriente vers un psychiatre qui va tenter une hypnose. Cette hypnose « réveille » ou fait apparaître des doubles dans sa tête, des doubles qui prennent peu à peu possession d’elle par intermittence. La réalité devient de plus en plus complexe. La jeune femme révèle en effet différentes personnalités, parfois toxiques, et elle s’enfuit dans la grande ville. Mais peu à peu, sa situation mentale et physique se détériore.
Roman paru originellement en 1954 et traduit seulement maintenant, Le Nid s’intéresse à un phénomène qui commençait à faire jour aux États-Unis et qui allait donner lieu à une littérature spécialisée, autant de manière scientifique que dans la littérature : les personnalités multiples. Cela allait même presque devenir un phénomène de mode, de foire, et cette possibilité d’être « possédé » par un autre moi allait faire les choux gras des journaux et des affaires criminels. D’un point de vue pratique, il y a deux façons de concevoir l’intérêt d’une telle publication. À côté de l’intérêt intrinsèque d’un ouvrage, il y a la possibilité de proposer des ouvrages d’un auteur important, pour leur force historique. C’est le cas avec ce texte, qui a été parmi les premiers à développer le thème du double, de manière psychologique et policière, noire (au sens large du terme) plutôt que sous l’angle fantastique (qui aurait pu être d’ailleurs choisi, car Shirley Jackson a aussi œuvré dans cette variante du roman gothique de façon assez frappante). Ainsi, Le Nid devient une bonne variation, intelligente et sensible, perturbante dans son écriture même, car la romancière raconte l’histoire sans développer les sous-entendus psychiatriques, comme de l’intérieur, comme s’il était « normal » de changer de mentalités, de virer de bord et de comportement. Si on réfléchit, d’un autre côté, plus en intérêt par rapport à aujourd’hui, le roman apparaît quand même comme un peu daté, désuet, plus comme une étude de cas que vraiment porté par une intrigue – ici, quasiment inexistante -, car on observe un cas psychiatrique développé, sans enjeu de suspense ou d’intrigue liée à un crime. Le roman est vraiment très axé sur la description longue et minutieuse du quotidien d’Elizabeth Richmond et des perturbations que provoque son état mental. Il est donc plus à considérer que ce livre entre dans la série des livres intéressants pour les lecteurs qui apprécient de cerner un auteur et son contexte grâce à la publication de l’ensemble de son œuvre (c’était déjà le cas avec Hangsaman, traduit en 2019 et paru dans la même collection).