Il existe encore en Louisiane des métiers traditionnels que perpétuent certaines familles, aussi parce qu’elles ne savent pas faire grand-chose d’autre. C’est le cas pour les Labasque de la petite ville de Jacknife. Depuis la mort accidentelle des parents, les trois enfants continuent à élever et chasser des crocodiles afin d’en vendre la peau et la chair. Commandant ses deux frères, Cutter est la chef de famille à présent et elle est surnommée ainsi en raison de l’outil qu’elle utilise pour son métier mais aussi pour repousser des prétendants trop audacieux. Mais Cutter a également pour amie, Loyal. Devenue journaliste, cette dernière est partie dans une grande ville, mais vient d’être appelée pour relancer le journal local, un défi qu’elle accepte. En arrivant, elle apprend qu’on a découvert un cadavre noyé dans le bayou. Celui de son amie Cutter ! Loyal décide de lancer sa propre enquête car elle sent bien que la police locale n’est pas très performante ou risque de ne pas trop stresser car la famille Labasque n’est pas en odeur de sainteté dans le coin, surtout que le nouveau chef de la police a testé le cutter de la défunte.
Qui aurait pu pouvoir tuer cette femme indépendante ? Qui pourrait-elle gêner dans le coin ? Quel rapport y a-t-il avec des hommes affublés de masques d’animaux qui se promèneraient la nuit dans la forêt ?
Une enquête classique dans un univers classique : les petits Blancs perdus au fond de nulle part, entourés d’une police qui semble corrompue, travaillant dur et vivant avec la violence chevillée au corps – en plus, ici, on peut faire disparaître les corps en les donnant à manger à ces animaux élevés que sont les crocodiles. Servi par un personnage qui a quitté la région, a donc un œil à la fois interne et extérieur, et a des raisons pour travailler sur les problèmes locaux, le roman d’Anna Bailey se déploie en alternant les descriptions sur la région, les habitants, les coutumes locales, en rappelant le passé des personnages, la violence de leurs relations, les difficultés actuelles d’un monde qui se meurt en convulsant. Anna Bailey parvient grâce à son style, au développement des points de vue, à la construction de scènes qui font avancer l’action et d’autres qui permettent de bien comprendre ce qui se vit dans ce coin perdu, à offrir une variation intelligente et bien menée d’une intrigue classique, mais très plaisante à lire malgré la dureté de son sujet.