Nous sommes en 833 à Thessalonique. L’empereur vient d’y envoyer Léon, l’un de ses fidèles serviteurs, pour contrôler et vérifier les affaires de l’archevêque. L’empire byzantin traverse en effet une grave crise religieuse. Les fidèles se défient au sujet du statut exact des icônes : sont-elles justes des images pieuses ou bien possèdent-elles le pouvoir qu’ont les reliques ? Au gré des empereurs, le clergé doit pencher pour l’une ou l’autre solution. Mais à peine est-il arrivé, que le gouverneur militaire de la ville, qui ne veut pas trop avoir d’histoire, part dans les environs, soit disant pour surveiller de possibles incursions étrangères. Léon est donc dans l’intervalle l’autorité la plus importante de la ville. Et dès qu’il commencé ses investigations, une haute autorité est retrouvée assassinée, de manière extrêmement sanglante. Quand éon reçoit la visite de sa veuve, qui s’était réfugiée dans un monastère, elle avoue le crime. Mais l’envoyé de l’empereur a des doutes, amplifiés par l’ambiance générale. Un « fou » parcourt la ville en citant la Bible et les allégories semblent faire allusion à d’autres crimes ; des notables semblent pratiquer la corruption de manière active ; des documents administratifs importants semblent disparaître ce qui complique la tâche pour les impôts et le cadastre. Léon parviendra-t-il à relier tous ces fils pour reconstituer la vérité ?
Tout d’abord, nous sommes face à un roman historique de qualité, où abondent les informations sur cet univers, pas forcément très connu, de l’Empire byzantin en pleine gloire. De plus, c’est dans l’atmosphère et les problèmes historiques spécifiques (statut des femmes, rôle de l’administration civile et religieuse, querelles autour des icônes, héritages complexes car les dignitaires donnent une partie de leurs richesses aux ordres religieux, ce qui provoque des frictions entre les héritiers légitimes et les donataires religieux) qui provoquent les meurtres. Est également bienvenue la sous-intrigue du fol qui, bien dans l’esprit grec, dévoile la réalité sous forme de paraboles religieuses qu’il faut essayer d’interpréter. Le dépaysement est garanti et le roman dispose d’un glossaire bien utile. Les parts historique et policière sont mélangées et interfèrent avec grâce, et l’une ne va pas sans l »autre. Plongée dans un univers complexe, avec des rites et des fonctionnements « exotiques », développant un monde peu connu, L’Œil de cuivre présente un magistrat-enquêteur subtil, au milieu d’un ensemble de protagonistes qui ne sont pas uniquement des faire-valoir mais ont leur vie propre. Le tout construit, après Le Luth d’ébène, le deuxième volet d’une série palpitante de Panagiotis A. Agapitos. Ce nouveau roman donne envie d’aller replonger très vite dans cet univers intrigant.