CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 18,90 €
INFORMATIONS LIVRE
Langue :
ISBN : 978-2-38553-362-5
Nombre de pages : 192
Format : 20 X 12 CM
Année de parution : 2026
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Époque :
CHRONIQUES > LIVRES >
9 / 10

De guerre ou d’ailleurs

Séverine Chevalier nous emmène au chevet d'une star de la télé-réalité dont elle offre la trajectoire éclatée, émiettée, avec beaucoup de clarté et d'humanité. Un récit troublant qui ne laisse pas insensible, et qui prouve le talent de l'autrice. Un petit bijou noir.

Lolita B. a eu une enfance. Une enfance au cours de laquelle elle a été violée par son oncle. Si sa mère s’en est aperçu, comme pour son frère auparavant, lui-même violé par un membre de sa famille, elle a estimé qu’il s’agissait d’une simple continuité et elle n’a pas voulu faire d’histoire. Basée sur ce traumatisme, la vie de Lolita a continué de manière chaotique. Elle s’est retrouvé à peine majeure avec un bébé et a préféré le laisser en dehors de sa vie. Puis, elle a connu son instant de gloire en se retrouvant vedette dans une des premières émissions de télé-réalité, puis a tenté de vivre sur ce moment de gloire, avec des hauts et des bas, surtout des bas. Pour les trente ans de l’émission, les producteurs ont décidé de refaire le coup et de présenter à nouveau Lolita B, histoire de se faire quelques euros sur son dos. Son fils, Rémi, qui n’a pas vu sa mère a réussi à la contacter grâce à cette émission à venir. Et il se demande s’il ne pourrait pas venir armé et en profiter pour « venger » cette mère, comme il a déjà songé à le faire en agressant une autrice qui écrit un roman sur la télé poubelle…

Voici un résumé chronologique du roman, tout en sachant qu’en fait le récit fait par Séverine Chevalier ne s’inscrit pas dans cet ordre mais l’éclate (en mille éclats de voix chantait France Gall) en rebondissant temporellement. Peut-être aussi pour l’émietter, comme l’a été le titre (et le surnom) d’un livre écrit par une des premières stars de la télé-réalité, justement : Elle m’appelait Miette, de Loana avec Jean-François Kervéan (Pauvert, 2001). En tout cas, ce récit puzzle, qui correspond aussi à une vie chaotique, permet de lier une intrigue hachée et son écriture en pointillés. L’autrice présente ainsi une vision kaléidoscopique d’une vie brinquebalée, cassée, montrant bien combien chaque événement, de génération en génération, peut détruire la vie suivante, au moins la déformer, un peu comme l’évoque le mythe du Karma. À travers le personnage du fils, c’est la possibilité de rompre avec cette malédiction, avec cet éternel retour du même, d’offrir une échappatoire et c’est une belle trouvaille d’écriture. Même si le récit s’inspire en partie d’une première figure qui, entre sa vie éclatée, ses retours provisoires et sa mort, aura été un symbole tragique de cette aventure de la télé-réalité, De guerre ou d’ailleurs n’est pas un brûlot sur cette télé poubelle, ni un simple décalque. Le roman offre une version littéraire, maîtrisée, épurée et pourtant très dense d’une trajectoire noire et de ses conséquences. L’autrice qui nous a proposé plusieurs romans ces dernières années reste fidèle à son univers mais nous ouvre des thématiques éclairées par son regard. Un œil qui ne juge pas, qui ne joue pas au cynique, mais qui s’intéresse à la matière même de l’œuvre littéraire : la vie humaine, toujours captivante, toujours complexe, avec humanité.

Mis à jour le 21 août 2026
Aussi quand elle tend la main pour prendre le porte-monnaie, elle a beau être petite, elle sait que pour le Dieu de la mère qui est le seul Dieu, elle a déjà failli. Le geste prolonge la potentialité de la faute, le méfait simplement fomenté.
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