CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 16,50 €
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ISBN : 978-2-35083-115-2
Nombre de pages : 214
Format : 21 X 15 CM
Année de parution : 2025
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7 / 10

Blondie

Guillaume Perrotte nous inflige avec beaucoup de talent un roman dérangeant à travers la voix d'une narratrice captivante et captive d'un mac tortionnaire. C'est à ne pas mettre dans toutes les mains, mais la lecture ne laisse pas indifférent, ce qui est l'un des buts assumés de la littérature. Un joli livre sombre.

Elle s’appelle Blondie, mais pas plus que ses consœurs Sonia, Ling et Nath, il ne s’agit de son vrai nom. Elle l’a perdu avec la mémoire de sa vie d’avant le jour où elle est tombée sous la coupe de Momo, un mac violent et plus ou moins psychopathe, qui les a toutes réunies sous un même toit pour mieux régner sur son harem. Elle supporte tout : les coups, le bois de Vincennes, les parties fines et même la zoophilie. Jusqu’au jour où elle se pique d’écriture et où le mac toujours plus avide y voit un nouveau moyen de l’exploiter, surtout que le monde du tapin est en plein déclin – entre répression et désaffection. Alors, il lui commande un scénario de court-métrage X qui vire au brutal à la limite du snuff movie… Puis arrive Rudy, le beau métis entraîné dans cette vie, susceptible de plaire aux femmes comme aux hommes. Enfin, un beau jour, quelqu’un voudra faire payer à Momo le mal qu’il a fait, et l’enfer se déchaînera…

Pour plonger dans les tréfonds les plus sombres (pire que les thrillers industriels accumulant les tortures) comme Guillaume Perrotte et sans jamais un seul instant tomber dans les écueils du sordide, de la complaisance ou du misérabilisme, il faut ce petit quelque chose certes plus indispensable de nos jours pour vendre du papier qui s’appelle le talent. Vrai, ce roman devrait porter la classique mention « Pour public averti ». Autant pour ce qui est décrit que pour la vision de l’humanité qui pourrait évoquer aux vieux de la vieille le Bleu presque transparent de Ryû Murakami de par son ton faussement détaché. Tout y passe : zoophilie, pédophilie, scatologie, snuff, brutalités diverses… et, pourtant, via la voix de sa narratrice et des chapitres courts donnant une impression de surréalisme, l’auteur réussit à transcender toutes ces horreurs, notamment grâce à une langue à la fois factuelle et d’une précision de scalpel rappelant parfois le trop méconnu Léo Betti. Loin d’un personnage de mélo, la narratrice fait figure de survivante ultime, trop occupée à assurer sa survie qu’à donner un jugement moral sur cette existence dont on peut se demander si elle ne l’a pas plus ou moins choisie. Et inutile de dire que ce jeu de massacre n’épargne personne jusqu’à une fin glaçante. C’est à découvrir, quoique selon une autre formule classique, pas à mettre entre toutes les mains…

Publié le 4 février 2026
Mis à jour le 4 février 2026
Momo a continué de me fixer de son regard fiévreux et absent. J’ai pensé au fauve, toujours tapi en lui. À cette violence brute et païenne qu’il dégageait, même en dormant les yeux ouverts. Aussi imprévisible qu’un grand félin, il m’a annoncé que de ses quatre protégées, j’étais celle en qui il voyait le plus d’avenir.
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