Nous sommes en 1193. La situation en Europe est un peu confuse : la France et l’Angleterre s’opposent à propos de territoires, cherchent des alliances mais c’est chose complexe et chaque seigneur est obligé de choisir son camp, même si cela peut casser certaines loyautés. En Angleterre, la situation aussi porte à se poser des questions : le roi Richard est prisonnier et tandis que certains cherchent à réunir l’argent de la rançon, d’autres autour du prince Jean qui occupe le pouvoir laissé vacant par l’emprisonnement de son frère aimeraient conserver leurs prérogatives. Face aux possibilités de réconciliation, aux avancées des uns et des autres, un mystérieux tueur doté d’une arbalète liquide des seigneurs, affaiblissant ceux qui autour du Roi de France veulent plutôt l’alliance avec Richard ou profiter de l’occasion pour renverser le pouvoir de Jean à leur profit, ou ceux qui se préparent à réunir la rançon ou négocier pour le roi Richard. Et le tueur, surnommé La Licorne car les carreaux d’arbalètes qu’il tire sont poinçonnés d’une licorne, est arrivé à Paris pour poursuivre son œuvre, sans que personne ne sache qui il est.
Mais nous, nous le savons car il s’agit d’une femme, la fille d’un noble anglais qui a fui son pays après avoir tué un membre de sa propre famille avant de devenir l’âme damné d’un adjoint du prince Jean. Quant à la famille de La Licorne, elle a envoyé à ses trousses une équipe d’assassins pour la liquider. Mais à Paris, un moine soldat a été chargé de l’enquête sur La Licorne et il soupçonne une femme tout en surveillant également une autre jeune femme jongleuse et tireuse à l’arbalète. En même temps, Guilhem d’Ussel est venu à Paris pour chercher un noble qui pourrait l’engager pour sa garde. Il s’est lié avec plusieurs femmes : une noble, veuve, qui s’inquiète car elle risque d’être dépossédée par sa belle-famille qui veut la marier de force, une servante d’auberge. Mais le noble qui veut l’engager est abattu par La Licorne. Guilhem d’Ussel pourchasse le tueur mais certains témoins le prennent pour l’assassin à l’arbalète. Lorsqu’il rencontre le moine soldat, les deux hommes comprennent le lien entre les différentes affaires et décident de travailler ensemble pour libérer la veuve et arrêter La Licorne. Mais les tueurs envoyés d’Angleterre ne sont pas loin.
Roman d’aventures qui joue avec les codes et les clins d’œil (en Angleterre on croisera dans une forêt un certain Robin des bois), le récit de Jean d’Aillon multiplie les points de vue, les allers-retours entre les différents protagonistes, développe les coups fourrés de chacun et la façon dont chacun avance ses pions pour dominer la situation. Des scènes de combat ponctuent le rythme d’une enquête complexe où les suspects sont nombreux et où il est difficile d’enquêter. À côté de Guilhem d’Ussel, le personnage « central » développé par l’auteur, c’est un portrait en nuance bienvenu d’un moine soldat enquêteur qui emporte la conviction, ainsi que la description des femmes, plus solides qu’il ne paraît mais qui ont bien du mal à essayer de faire valoir leurs droits dans un univers qui ne leur en accorde que très peu (la veuve qui doit épouser pour perdre son héritage et « spolier » son propre fils ; La Licorne qui doit se battre pour survivre, entre autres). Si l’on apprécie ce mélange entre une part policière ou thriller légère, des aventures et chevauchées racontées avec fougue, des détails historiques apportés régulièrement, des plongées dans la mentalité particulière des chevaliers, les rivalités entre pays à un moment où les fidélités ne recoupent pas exactement des territoires nationaux, on goûtera pleinement ce Férir ou périr.