Pendant qu’une pluie interminable noie Paris sous la grisaille, Candice suffoque alors que, comme on dit, elle a tout pour être heureuse : un emploi d’autrice de biographies, un mari, Gauthier de Chavelle, riche héritier d’une entreprise d’horlogerie et une petite fille de cinq ans, Alma. Alors d’où vient ce mal-être qu’elle noie sous l’alcool et les cachets ? Est-ce peut-être parce qu’Alma passe ses nuits à pousser des cris terrifiants sans qu’aucun pédiatre ne puisse en trouver l’origine ? Parce qu’elle déteste le personnage dont elle doit écrire la biographie ? Son mari, bien sûr ? Mais les cris d’Alma se font plus précis : elle répète « Je suis dans le mur ». Quel mur ? Qui peut mettre ces mots dans la bouche d’une enfant de cinq ans ? Candice découvre soudain que leur immeuble est bâti sur l’emplacement de l’ancienne église des Saints Innocents. Et la passion de son père pour la généalogie finit par payer : il y a un nom dans leur arbre généalogique, celui d’un enfant nommé Colin, abandonné devant cette même église. Et si l’explication était à trouver dans un lointain passé, lorsque les dévotes se faisaient emmurer vivantes au cœur des églises ? Volontairement ?
Le roman de Sidonie Bonnec prend une voix inhabituelle, celle de l’étude de personnage. Pas une narratrice nunuche que l’on croirait sortie d’un had-I-but-known poussiéreux, plaie du genre actuellement — pourtant adoubé par les lecteurs ou lectrices —, ou de simples particularités limitées à deux post-it en salle de développement, non ! Un vrai personnage conforté par un autre atout : un véritable style, s’arrêtant toujours avant de tomber dans le surécrit, à travers un récit qui évoque à la fois Sébastien Japrisot et le grand Serge Brussolo (on imagine ce qu’il aurait fait d’un tel thème, surtout lorsque le fantastique, ici assumé, montre son nez…), voire Brigitte Aubert. On peut imaginer pires références… Bien sûr, on retombe sans trop de peine dans les trope à la mode de rajouter une seconde narration — il faut bien remplir de la page —, et un mari dont, classiquement, on se demande pourquoi la protagoniste l’a épousé, vu qu’elle ne semble pas savoir qui il est et n’a manifestement jamais eu le moindre sentiment pour lui (dans un roman moins politiquement correct, le personnage aurait des raisons de ne pas vouloir laisser sa fille à une épouse instable en pleine dérive, tenant à coup d’alcool et de pilules, peu fiable et incapable de s’en occuper, mais non, là, il ne lui manque plus qu’une moustache à faire tourner comme un méchant de film muet.) Du coup, la révélation finale est moins forte que ce qui l’a précédé, la montée en puissance du suspense étant implacable, et un brin capillotractée, mais elle n’est pas tirée d’un chapeau et noue les fils de l’intrigue sans trop de heurts (au point que l’on en oublie facilement quelques heureux hasards qui la font avancer), loin de ces twists arbitraires qui pourrissent également le genre. Dans le genre, c’est assez inhabituel et assez réjouissant.