Mitch Tobin est un ancien policier. Léger retour en arrière : alors qu’il avait entamé une liaison avec la femme (Linda) d’un homme qu’il avait arrêté (Dink), et qu’il venait de la rejoindre, son collègue avait eu de son côté l’idée d’aller faire un contrôle tout seul et avait été abattu. Donc, scandale et Mitch avait été viré de la police. Devenu détective privé, il travaille aussi pour une société de surveillance et, actuellement, il s’occupe de la surveillance de nuit d’un musée new-yorkais. C’est alors que Linda frappe à sa porte : Dink est sorti de prison et s’il s’est juré de ne pas replonger, il est actuellement mis sous pression par d’anciens « amis » pour reprendre du collier. Mais Mitch et Linda tombent dans une salle du musée sur le cadavre d’un jeune homme nu. Mitch laisse partir Linda et prévient la police. Les inspecteurs Grinella et Hargerson ont du mal à croire ses explications mais ils sont un peu « rassurés » quand l’équipe d’universitaires venue voir les collections pour faire un inventaire découvre qu’il y a eu des vols (des dessins remplacés par des copies) qui durent depuis un certain temps, c’est-à-dire avant que Mitch ne travaille là. Voilà donc Mitch qui, tout en essayant de continuer à protéger son couple, va devoir essayer de trouver le coupable à la fois des vols et du meurtre, en espérant que les deux n’en font qu’un.
Première remarque : durant sa carrière, Donald Westlake a utilisé entre autres les pseudonymes de Richard Stark (pour sa série autour de Parker) et de Tucker Coe (pour une série de cinq titres autour de Mitch Tobin, ce volume étant d’ailleurs le dernier de la série). Si le nom de Richard Stark est resté, celui de Tucker Coe a disparu pour ce roman (ainsi que pour un autre lui aussi en rivages). Il n’en reste pas moins que le destin de ce personnage, policier hanté par la mort de son coéquipier, par la « faute » qu’il commise et qu’il doit « expier » envers sa femme et son fils, est l’objet de cinq textes intéressants qui mériteraient tous une réédition et/ou une nouvelle traduction. Mitch Tobin est ici coincé dans une enquête où il a commencé par un mensonge, pris entre sa fidélité à sa femme et ce retour perturbant de sa maîtresse. Mais le roman est aussi l’occasion d’évoquer, avec des traits un peu humoristiques, l’univers des universitaires et de ce début des années 1970 où certains jeunes hommes fuient la conscription pour ne pas partir au Vietnam. Les démêlés de l’ex-policier pour découvrir la vérité et se sortir d’affaire, tout en essayant de s’occuper de calmer une bande de truands, sont menés en quelques pages avec soin, avec un sens aiguisé de la construction, avec des personnages qui deviennent vivants en quelques mots. Tout le talent de Donald Westlake au meilleur de son travail.