Plus proche de la retraite que du début de sa carrière John Rebus a été arrêté suite à la mort d’un truand et incarcéré. Il se retrouve dans la même prison qu’un certain Darryl Christie, sans doute le « patron » criminel de la ville, qui continue de gérer son réseau depuis l’intérieur et s’inquiète car d’autres gangsters entendent changer la donne. Parmi eux, un autre prisonnier, dans une autre cellule. Aussi, quand ce dernier est égorgé, tandis que que son codétenu a reçu une dose de drogue pour l’endormir (et qu’en plus, on lui a donné un coup sur la tête), les soupçons se portent sur Darryl Christie (ou l’un de ses hommes). Mais, comme l’arme a disparu et que les caméras de surveillance étaient hors service, ce que savaient les forces policières, Darryl Christie a beau jeu de dire que ce sont les gardiens qui sont derrière l’affaire. Afin d’enquêter, Christie propose à Rebus de mener les investigations et il continuera à le protéger. En parallèle, Fox, un autre policier qui déteste Rebus (et c’est un sentiment partagé), est bien embêté car le prisonnier décédé faisait partie de ses informateurs et Fox l’utilisait pour essayer de coincer Christie. De plus, le mort est aussi lié de loin à une autre affaire : une jeune fille, à peine majeure, a disparu et sa meilleur amie, est la fille d’un homme lié aux gangs de la ville actuellement en guerre pour la succession du même Daryl Christie. Y aurait-il là aussi un rapport ?
Voici le point de départ de ce nouveau volet des enquêtes de l’inspecteur Rebus qui va donc, comme souvent chez Ian Rankin, décrire journée après journée, en mélangeant les trois sous-intrigues et leurs rebondissements. Tout l’aspect autour de John Rebus est présenté avec soin et avec angoisse : John Rebus enquête en étant soumis à des pressions constantes et à d’anciens criminels qui aimeraient profiter de l’occasion pour le blesser, voire le tuer. En plus, il doit enquêter en travaillant à la fois pour un chef gangster et pour le directeur de la prison, tout en comprenant certains aspects de l’enquête qu’il ne peut pas dévoiler sans risquer de provoquer des morts chez des gardiens innocents mais visés. L’enquête sur la disparition est menée par une enquêtrice formée par John Rebus et qui tente de dénouer des fils complexes car la jeune fille semble liée à des vidéos et à un réseau pornographique. Ian Rankin raconte là aussi avec beaucoup de soin la procédure classique pour ce travail. Enfin, nous suivons Fox et sa propre enquête, une enquête menée en dépit du bon sens, car Fox est un mauvais policier, plus obnubilé par son propre avancement que par l’accumulation des preuves irréfutables et s’appuyant plus sur des interprétations personnelles que sur une analyse rigoureuse. Les amateurs retrouveront donc ici tout ce qui fait l’intérêt de l’œuvre de Ian Rankin : un sens aigu du détail, des interrogations morales, des intrigues conçues avec soin et méticulosité, un mélange entre intuition et procédure complexe, pour aboutir à un livre sérieux et prenant. Une série qui montre toutes les qualités de l’artisanat et du savoir-faire d’un écrivain précis et qui sait raconter, embarquer ses lecteurs avec ses personnages bien dessinés et une histoire qui tient la route.