Alors qu’il effectue un cambriolage en Normandie aidé de son assistante Nelly, Arsène Lupin est contraint de fuir par les toits. Les sbires de Ganimard sont à ses trousses. Sans aucun doute possible, quelqu’un l’a trahi et a prévenu les forces de l’ordre. De retour à son repaire, plus aucun doute sur la trahison ne subsiste. Et s’il fallait s’en assurer, Nelly lui apporte une réponse : la traîtresse c’est elle. Pendant ce temps, dans un cottage reculé en Angleterre, Sherlock Holmes reçoit la visite de son frère Mycroft au sujet d’une tentative future de braquage de train. Si Moriarty n’est plus de ce monde, son souvenir persiste et une bande qui se réfère à lui s’apprête à faire main basse sur un trésor. Les deux faits n’ont que très peu en commun et pourtant ils vont amener les deux hommes, le détective et le gentleman cambrioleur, à unifier leurs forces et leur intelligence pour partir à la poursuite de la Comtesse Balsamo et de Nelly, elles-mêmes parties sur les traces de trois volumes conséquents et identiques, dispersés en trois bibliothèques, censés les mener vers un élixir d’éternité, du Lancelot. Mais cette quête est-elle accessible ?

Maurice Leblanc avait déjà opposé son héros de cambrioleur au génie de la déduction anglaise dans Arsène Lupin contre Herlock Sholmès. Ici, Denis-Pierre Filippi (scénario) et Roger Vidal (dessin) nous offrent plus une collaboration entre les deux héros antagonistes. Collaboration quelque peu forcée au début puis recherchée par la suite avec en point commun le besoin de damer le pion à Mycroft et de cabotiner, comme l’aiment le répéter les deux complices. Premier volet d’une série, La Quête d’éternité reprend un peu les thèmes ésotériques connus (la piste d’un breuvage qui rend éternel mène obligatoirement après quelques détours à Venise, à la croisée des chemins d’Indiana Jones et du Da Vinci Code). Les auteurs ajoutent une touche steampunk à leur histoire – que ce soit avec une exfiltration d’un train qui roule à toute vitesse, qu’il s’agisse de prendre un aéronef pour s’enfuir des toits, de tirer sur des cibles avec une arme qui équivaudrait aujourd’hui à un taser, ou d’enfiler un scaphandre pour entamer une lutte inégale sous-marine (rappelant également une aventure de James Bond). À ceci, ils instillent énormément de rythme, d’action et de mouvements. Quelque part entre le mange et le comic notamment quand il s’agit d’entamer un combat contre un colosse. La mise en couleur est classique avec des pleines pages lumineuses pendant la journée et des touches bien plus sombres, qui débordent du cadre des cases la nuit ou dans les profondeurs sous-marines. Avec toujours le sens du détail bienvenu (la serre, les toits) pour affiner un dessin réaliste. On pourra juger quelques dialogues ampoulés : c’est voulu. Denis-Pierre Filippi tente de coller aux romans victoriens. Ajoutons deux héroïnes rivales et mutines pour leur tenir tête (il faut toujours de bons personnages de villains et Nelly et Balsamo en ont la fibre), et l’aventure est totale. Une histoire qui se termine… ou pas ! Attendons la suite…