La remise en état de Badger’s House, cette maison vétuste à la limite de l’habitable que miss Pickles a mise à la disposition d’Iris Doyle, touche à sa fin. Iris pourra donc bientôt y organiser les réunions de son club de conversation française. En attendant, elles ont lieu au Vallon, une villa dont sa patronne lui a laissé l’accès libre tant qu’elle est inoccupée. Lors des premiers échanges, on apprend que deux des membres, Oliver et Virginia Walsh, ont reçu un une ancienne robe de baptême, soigneusement emballée mais sans nom d’expéditeur. Peu après, à la sortie de l’église après l’office du dimanche, à la faveur des bavardages allant bon train, d’autres personnes, dont le pasteur lui-même et miss Pickles, révèlent qu’elles ont aussi reçu de mystérieux paquets dépourvus de nom d’expéditeur et contenant des objets anciens, de valeur pour certains. Mais rien n’indique qu’il s’agisse d’actes malveillants ou des prémices d’un chantage. Cependant, l’affaire devient grave quand le pasteur, après avoir été violemment agressé, est délesté de l’argent de la quête. Et se corse dans les grandes largeurs quand les cadavres se présentent en duo serré : d’abord Nancy Arundel, la magnétiseuse misanthrope vivant isolée au milieu d’une tribu de chats que l’on découvre morte dans son abri de jardin, puis un squelette, mis au jour tout à côté après que la tempête Darragh a eu déraciné un arbre situé précisément dans une propriété qu’Iris est chargée de préparer pour accueillir de nouveaux locataires. Iris et les cadavres, ça devient une habitude, qui n’est pas vraiment du goût du constable Le Gautier… N’en déplaise à ce dernier, Iris se passionne pour ce cumul d’énigmes et lâche la bride à son petit ouistiti (i.e.: ses pensées en état d’ébullition avancée). Un penchant qu’encourage le soutien de ses amis Nick Toussaint, le journaliste local, et Pauline, jeune Française doctorante en histoire dont les recherches portent sur l’occupation allemande de l’île pendant la Seconde Guerre mondiale.
La manière dont ces éléments prometteurs sont accommodés ne fera peut-être pas l’unanimité. L’intrigue proprement dite, certes classique dans ses tenants et aboutissants, est bien organisée – sa mise en place, ses développements puis sa conclusion suivent une progression habile, où suspense, rebondissements et coups de théâtre sont mesurés avec soin – et l’intérêt du lecteur ne se relâche pas. Mais l’écriture, elle, peut dérouter, voire agacer : le registre de langue demeure familier même en dehors des dialogues, le récit s’avère par endroits excessivement didactique – ah, ces incessante précisions entre parenthèses! –, et certains motifs comiques, trop souvent répétés – les traits caricaturaux des personnages notamment (la manie de Pauline de parler fort comme si le monde entier était sourd, le caractère envahissant du père d’Iris…), ou le semis de traductions littérales d’expressions idiomatiques françaises ou anglaises (on échappe tout de même aux « averses de chats et de chiens ») via les réunions du club de conversation – finissent par devenir pesants.
Mais quoi que l’on éprouve par rapport à l’écriture, que l’on aime, ou pas, le style simple et familier, les ressorts comiques trop appuyés, les allusions transparentes ou trop explicitées, les parenthèses omniprésentes qui sont au récit ce que les surlignages fluorescents sont à un texte dont on doit retenir les éléments-clefs, il reste une intrigue passionnante, bien construite, à l’évidence « historiquement informée » et judicieusement éclairée par un « Retour sur le passé » post-récit. Un atout majeur justifiant, à lui seul, que l’on poursuive la lecture jusqu’au bout – et même qu’on ait envie… de lire le tome 3 ! Lequel ne saurait tarder si l’on en juge par la cascade de phrases interrogatives chutant à quelques paragraphes du mot « Fin », dûment inscrit en bas de page.