CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 20,00 €
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ISBN : 978-2-8061-4057-9
Nombre de pages : 220
Format : 22 X 14 CM
Année de parution : 2026
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7 / 10

Zinho

Virevoltant du suspense psychologique au mélodrame, Françoise Lhoir nous invite au sein d'une famille bruxelloise en quête d'enfant. Revisitant quelque peu le huis-clos anxiogène familial, Zinho ne laissera pas indifférent.

À Bruxelles, au début des années 1980… Élise et Bertrand n’aimeraient rien de plus qu’avoir un enfant mais, Élise, infirmière en gériatrie, ne cesse de faire fausse couche sur fausse couche. Élise suggère d’adopter, mais Bertrand refuse d’avoir un enfant qui ne serait pas le sien. Jusqu’au jour où il se ravise : comme cadre dans une grande boîte, il est souvent envoyé au Brésil. Rien de plus facile, quand on est belge et riche, de ne pas passer par les canaux habituels pour avoir un enfant correspondant à ses critères (blanc, moins par racisme que pour éviter les questions gênantes)… Après une sélection digne d’un marché à bestiaux, il obtient donc une mère porteuse dont l’enfant est destiné à l’adoption. Cristina, ladite mère, est arrachée à sa favela pour être mise au secret avec même interdiction de parler à qui que ce soit. Et qu’importe si après les quelques mois règlementaires avec l’enfant, elle n’est plus si chaude : l’argent a changé de main et Bertrand rentre en Belgique avec Zinho, que le couple rebaptise Romain. Mais dès le départ, c’est un enfant difficile, prompt à hurler et qui, au fil du temps, a du mal à s’adapter à l’école. Et si triste… Même les pédiatres en perdent leur latin. Peut-il avoir été marqué d’avoir été arraché à sa mère biologique ? Et d’ailleurs, Cristina la miséreuse des favelas a-t-elle vraiment renoncé à son enfant ?

Avec un thème pareil, il serait facile de sombrer dans le suspense façon thriller-Netflix où, à l’américaine, la pauvreté viendrait menacer un couple de nantis (et peut-être passer chez un « grand » éditeur et finir en tête de gondole). Pas ici. Évitant également l’écueil du téléfilm punitif du samedi après-midi, Françoise Lhoir s’emploie à détailler cette histoire de plus en plus dramatique en prenant soin de montrer de vrais personnages auxquels on croit, qui ne sont pas infaillibles (même en tant que parents) et bien conscients des questions morales liées à leurs actes. On s’intéresse à cette histoire relativement banale, de celles qui font un entrefilet dans les faits divers, tant l’impressionnante science de la narration de l’autrice explose — même si le style est purement factuel, majoritairement en dialogues selon la doxa actuelle et aurait pu avoir sans doute plus de mordant. Françoise Lhoir garde aussi un atout dans sa manche : de véritables révélations finales qui éclairent toute l’histoire sous un autre angle, loin des twists tirés d’un chapeau des thrillers-Netflix précités. Alors, genre ou pas ? Quoi qu’il en soit, une réussite et une autrice à suivre…

Mis à jour le 10 septembre 2026
Élise s’est placée au bout du lit. Lentement, elle soulève une jambe de sa patiente et la tire vers elle par brefs à-coups. Elle aime masser, peut-être parce que, ce faisant, elle répond à son besoin de guérir, de réparer. « Autant moi-même que les autres », sourit-elle intérieurement.
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