Nous sommes en 1978. Ange Delagrive est un journaliste alcoolique qui, pour des raisons techniques, a été mis dans un placard doré où il rédige les biographies des gens qui vont mourir avec un peu d’avance. Il se retrouve chargé de préparer celle de Jacques Brel qui est atteint d’un cancer et qu’un de ses collègues, plus dans les papiers de la direction, doit aller interviewer dans son « paradis du Pacifique ». Mais Ange Delagrive le remplace au pied levé et arrive sur place un peu trop tard (malade, Jacques Brel est parti en Europe pour se faire soigner), car il a trop picolé et loupé un avion. Il en profite cependant pour savourer la vie locale. Pourtant, cette vie commence à être perturbée par deux femmes, envoyées par un gourou pour évangéliser les populations, y compris en provoquant des drames et des crimes qui peuvent leur rapporter des disciples. À un moment, Delagrive découvre qu’un autre Français qui vit là, ami de Jacques Brel, a pris des photos du chanteur, et il décide de le voler. Un acte délictueux qui va aussi l’obliger à rester sur place.
Arnaud Garnier nous offre un roman qui donne un peu le tournis : plusieurs fils narratifs se lèvent, se croisent puis se séparent, pour constituer un récit qui évoque des trajectoires différentes : les derniers mois de Jacques Brel et sa lutte contre un cancer, un journaliste chargé de venir l’interroger mais qui va se balader dans de nombreux endroits sauf aux endroits où se trouve Brel et qui pour finir s’englue dans la vie des îles pacifiques. Enfin, ce sont les plans complexes et dangereux de deux jeunes femmes pour faire gagner leur secte. Une fois acceptée cette donnée, le lecteur découvre une fresque parcellaire qui présente les îles du Pacifique dans de nombreux aspects (la beauté, la vie simple, les problèmes et difficultés, la pauvreté) et offre un voyage intéressant pour savourer l’exotisme de la région décrite, au sein d’une histoire qui louvoie mais ne perd jamais le lecteur, lui offrant un récit kaléidoscopique intéressant.