Sylvie est, comme l’indique le titre, une employée modèle chargée de l’état-civil et des demandes de papiers administratifs dans une mairie. Elle est veuve depuis quelques années, malgré son jeune âge et un de ses collègues lui fait une cour plus que discrète. Le problème de Sylvie, c’est surtout son frère Antoine. Marié et père de deux jeunes enfantq, il boit beaucoup et joue encore plus. Il doit énormément d’argent à des organisateurs de parties de poker qui entendent récupérer leur dû, y compris en utilisant la violence ! Antoine est prêt à se suicider. Sylvie imagine alors une solution alternative : elle a, parmi « ses » administrés en certain Martin, jeune homme un peu paumé, qui ressemble physiquement à son frère. Comme Martin pourrait en avoir besoin, elle va lui faire créer une nouvelle carte d’identité, glissera dans le dossier une photo de son frère et ses empreintes. Après, il n’y aura qu’à dire que la carte s’est perdue, et Antoine pourra disparaître. Le plan mis en place, tout fonctionne à merveille. Mais des gangsters attendent devant la maison d’Antoine et agressent Sylvie qu’ils prennent pour son épouse. Pour éviter toute histoire, Sylvie s’engage à les rembourser. Pour payer, elle décide d’utiliser ses nouvelles compétences (et le fait qu’elle organise régulièrement pour la paroisse des sorties- pèlerinage à l’étranger) afin de monter son réseau d’aide à la disparition. Au départ artisanale, son activité devient un peu plus industrielle. Mais les soucis vont venir s’agglutiner à cette mécanique. Les enfants d’Antoine (et son chien) sont perturbés par sa disparition et veulent prendre un détective privé. Alain, l’employé municipal amoureux, se pose des questions. Martin, finalement, doit avoir une carte d’identité car il doit prouver son existence. Le chef des gangsters s’étonne de la capacité de remboursement de Sylvie et, bien entendu, chaque pas pour s’en sortir, l’enfonce davantage.
Jean-Christophe Tixier nous offre un roman classique autour d’une héroïne qui essaie de surmonter une difficultés, s’engage dans une voie illégale ( même si c’est pour faire du bien) et se retrouve piégée dans un mécanisme qui part en vrille. S’appuyant sur une description du quotidien, sur la façon dont peut s’organiser un passage à la « vie criminelle », Jean-Christophe Tixier construit son intrigue de manière efficace, entre petites doses d’humour et suspense maîtrisé, peuplée de multiples rebondissements qui relancent l’action. L’idée de présenter les fuites et les disparitions comme un moyen de recommencer sa vie est à la fois une solution de « facilité » mais également un moment extrêmement difficile, le tout étant présenté à travers des personnages qui esquivent le monde pour différentes raisons, certaines banales, d’autres moins. Efficace et classique, Une employée modèle est un roman agréable à lire et intelligent.