Comme John, un ami Américain, lui demande de l’aide pour écrire un article sur le calva, l’autrice se documente puis va lui rendre compte. Tout d’abord, elle évoque la différence entre le Calvados, boisson locale à base de pomme, et le calva, une boisson à l’identique mais dans une version trafiquée, illégale, clandestine. Afin de pouvoir apporter les renseignements nécessaires, elle va contacter Fabien Saignard, un fonctionnaire des impôts chargé de surveiller, contrôler et réprimer éventuellement ceux qui trafiquent et accessoirement « volent » l’État en « oubliant » de payer les taxes sur l’alcool. Elle va également prendre contact avec des gendarmes qui ont participé à des opérations de contrôle et d’arrestation des trafiquants. Elle donnera aussi la parole à Louis Giroud, qui a été un contrebandier et trafiquant, en le présentant comme une sorte de Robin des Bois, très français, ou d’Arsène Lupin, plus en délicatesse avec la loi car elle lui semble injuste : après tout, utiliser des ressources naturelles pour fabriquer une boisson qui fait plaisir, en respectant des traditions ancestrales, est-ce vraiment un crime ?
S’appuyant principalement sur des « affaires » se déroulant dans les années 1970, Marie-France Comte présente la lutte, qui n’empêche pas une forme de respect, entre les policiers et les truands. Elle met de côté certains voyous, surtout parisiens, qui ont tenté d’utiliser les réseaux de bouilleurs de cru et leurs activités illégales pour développer d’autres affaires : quelle ne sera pas la surprise des fonctionnaires lorsqu’ils penseront arrêter un bouilleur de cru de calva et de découvrir des alambics fabriquant du faux pastis ! À l’inverse, c’est en cherchant un coin pour ramasser des grenouilles qu’un gendarme tombera par hasard sur une ferme isolée qui servait à fabriquer du calva. De même, l’autrice raconte avec humour une surveillance aiguisée dans des marais où les policiers luttent contre des sables mouvants et l’humidité plus que contre les trafiquants. Servi par un humour bon enfant, qui fait que le livre ressemble à une longue version(intéressante et pleine de détails) de la scène culte des Tontons Flingueurs lors de la surprise party (ou des pérégrinations de Sagamore Noonan dans Fantasia chez les ploucs), cette rééditions augmentée est une bonne surprise.