Un meurtre a été commis sur le plateau de tournage de La Femme au portrait, du réalisateur allemand Ernst Spieler. Pour une raison inconnue, l’assassin s’est également emparé d’un tableau du peintre Clements. Tableau qui était le portrait de l’actrice Jane Brennet, et pièce maîtresse du film, rendant la suite du tournage impossible. Les studios Hooter ne font pas pleinement confiance au LAPD incarné par un inspecteur nonchalant, et ont engagé Miss X., détective privée, pleine de classe, de causticité et de pugnacité. Épaulée par le réalisateur allemand qui est un suspect à ses yeux, Miss X., ancienne actrice qui jouait des rôles de midinette décérébrée, mène alors des investigations implacables à travers la Cité des Anges. Elle n’a pas sa pareille pour prendre un taxi, faire des filatures, s’introduire dans des appartements, s’élancer sur les toits à la poursuite d’un inconnu, observer chaque détail et en tirer des conclusions. La découverte d’un laisser-passer des studios accompagnée de la disparition de tableaux du maître, qui avaient plusieurs particularités communes (chacun était sur un tableau de tournage et leur association devrait permettre de résoudre un rébus) vont mener Miss X. tout droit vers la résolution de son enquête. Une résolution à même de satisfaire tous les réalisateurs de l’âge d’or du cinéma hollywoodien.

Nicolas Tellop signe ici un premier scénario flamboyant qui rend hommage à travers un délicieux pastiche au film noir de la Cité des Anges de la grande époque. Celui qui a écrit Richard Fleisher, une œuvre (Marest) prend un malin plaisir à disséminer ici et là des empreints au cinéma. L’amateur aura reconnu qui se cachent derrière le couple d’acteurs et derrière le réalisateur allemand. Il aura également sursauté à la vision de ce tableau volé et ce sera rappelé les premières minutes de Laura, d’Otto Preminger, quand Dana Andrews contemple le tableau de celle qui a été assassinée (sans compter une statue de faucon sur une cheminée). Ici, la première victime est quasiment anonyme, et l’enquête va porter sur des tableaux, sur une disparition et sur la recherche de l’identité du coupable. Cette identité ne fait pas vraiment de doute, mais le scénario propose de multiples détours et est associé à des dialogues percutants – on appréciera également une certaine inversion des rôles puisque le dur-à-cuire version Hammett ou Chandler est une femme, plutôt énigmatique, Miss X. Et c’est là que sa silhouette prend tout son sens. Dans un univers qui multiplie les à-plats mat, Antonio Lapone (la série Gentlemind, toujours en 1940 mais à New York) nous propose une silhouette de brune féline qui n’est pas sans rappeler la fameuse Miss Tic des Picsou. Enfin, une version justicière entre Catwoman et Fantômette, mais en talons presque aiguille. Le dessinateur s’approprie à merveille l’univers très spécialisé de Nicolas Tellop pour donner une ambiance qui virevolte entre Alfred Hitchcock (La Femme au portrait pourrait être un hommage au cinéaste-culte) et Billy Wilder (par la légèreté des actions, les retournements de situations et les accidents imprévus qui se répètent), entre noir et comics. On se laisse au final porter par cette histoire pas trop labyrinthique, et qui révèle les failles et les mystères du cinéma de l’époque.