Quelques années auparavant, la formation rock les Black Moon Angels connaissait un succès fulgurant. Ils auraient atteint les sommets si un événement malheureux n’avait précipité leur séparation. Aujourd’hui, tous les membres du groupe défunt sont réunis dans un vieux fort militaire désaffecté transformé en studio d’enregistrement sur une île uniquement accessible par hélicoptère. Ayant gagné une énorme fortune, Élise Mauran a offert un gros chèque pour reformer le groupe qui a illuminé sa jeunesse et lui faire réenregistrer ses anciens succès. Sauf que dans ce fort bloqué par une tempête, les passions s’exacerbent et les secrets ont du mal à rester enfouis. Que s’est-il passé ce soir de concert à Amsterdam qui a scellé le destin du groupe ? Et leur hôte a-t-elle vraiment des intentions aussi pures ?
En général, les groupes de rock version roman (ou cinéma) sont plus un réceptacle de fantasmes, voulant que quiconque gratte une guitare devienne une vedette roulant dans l’argent et la dope du jour au lendemain… (et on en profitera pour citer LE livre définitif sur le sujet, le magnifique Le Chanteur de Cathi Unsworth). Ici, Christian Gastou ne glisse pas sous le tapis les aspects les plus sombres, mais se concentre plutôt sur la création de personnages crédibles jusque dans leurs failles et leurs rancœurs – quitte à reprendre le vieux cliché qui veut que le chanteur soit toujours le pire de tous, mais ce serait un faux procès. Avec des personnages bien campés dans un décor unique de bâtiment condamné par les éléments, il y avait de quoi faire un mystère à huis-clos revisitant les vieux Old dark house. Il y a bien une mort violente (vu comment est bâti le roman, mieux vaut ne pas révéler l’identité de la victime). Cependant, l’aspect policier est assez léger, s’effaçant devant la découverte d’une vérité douloureuse. Mais vu la science de la narration de l’auteur, qui en plus évite d’étirer son propos, pourquoi ne pas se laisser tenter ?