Quelque part le long de la côte dalmate en 1497. Dans la cité-État de Svestina, le Prince Cesare Galazzo règne sans partage avec des idées paradoxalement novatrices (et dignes de la Renaissance). Il rêve d’une cité parfaite où tous les habitants seraient en mesure de vivre leurs rêves et lui en seraient reconnaissants. Mais Svestina risque du jour au lendemain d’être assaillie, victime des envie de ses ennemis : l’Empire ottoman et Venise (qui détient le frère du Prince en otage) la convoitent. Heureusement, le prince peut compter sur son stratège, Lupo Scutari, survivant d’une terrible bataille et qui depuis a fait ses preuves. Mais dans l’entourage du prince, les ennemis sont eux aussi présents. C’est sur ses entrefaites qu’un dénommé Hermès se permet d’haranguer le Prince en public, l’accusant d’un meurtre et lui proposant un rendez-vous dans l’enceinte de la cathédrale. Alors que la tension est à son comble, un haut responsable est assassiné. Scutari se retrouve chargé de l’enquête, mais il doit faire face au manque d’opiniâtreté du Norvégien Thorkildsen, capitaine de la garde. Heureusement pour lui, sa fidèle Ombre, une espionne, tueuse à gages, ancienne maîtresse, empoisonnée lors d’une escarmouche et qui sait qu’elle va mourir lentement, peut encore l’épauler et l’aider à y voir clair. Si l’enquête avance lentement, les ennuis s’amoncellent dangereusement et rapidement sur la petite cité-État de Svestina. Les forces ottomanes pillent et tuent sur leur passage. Les renforts de Pologne ne viennent pas alors que le Prince a tourné le dos au Doge de Venise. Pour le Prince, l’heure est venue de déterrer un symbole. Avec l’art de la guerre du Stratège, il s’en sortira grandi. Mais aussi victime de son hubris. Dans ces conditions, et alors qu’Hermès refait parler de lui et qu’un autre notable est assassiné, le Prince pourra-t-il encore s’en sortir ? Surtout, dans un monde où politique et traîtrise se combinent, le Prince est-il fiable ?
D’Armand Cabasson, on connait surtout son excellente série policière historique autour de Quentin Margont, un enquêteur du temps de Napoléon. Depuis, l’écrivain a touché un peu à toutes les littératures avant de nous revenir avec cet excellent roman policier historique classique. Il plante son décor dans une cité-État imaginaire qui se confronte à l’Histoire en tentant de s’émanciper des empires qui l’entourent (et qui pourrait être un parallèle avec notre époque). Le récit fourmille de détails historiques, mais ce qui fait son charme c’est bien cette relation équivoque entre le Prince et le Stratège (un titre qui oriente le roman vers l’universalisme). Avec elle, on prend un véritable cours de real politik par un adepte de Machiavel (la référence est obligatoire), mais qui est faillible parce qu’humain. Mais pour enrober le tout, qui pourrait être indigeste pour qui n’aime pas trop la diplomatie de couloirs à outrance, l’auteur fait preuve d’une verve littéraire. Le récit est enlevé. Il a de multiples ramifications qui seront toutes rassemblées in fine. Surtout, il y a de l’épique, du religieux et du romantisme. Le Prince et le Stratège est tout à tour quête et enquête. Et puis il y a une once d’espionnage et de confiance au milieu de toutes ces trahisons potentielles dont nombre sont réelles. Et un zeste d’amour. De quoi redonner foi en l’humain ?